INTRODUCTION À LA LECTURE DU PENTATEUQUE

Pentateuque

GENÈSE DU PENTATEUQUE

La tradition juive, suivie de la tradition chrétienne, a toujours vu en Moïse l’auteur des cinq premiers livres de la Bible. Cette conception devait cependant très tôt poser nombre de problèmes : Moïse pouvait-il avoir été inspiré au point de pouvoir décrire à l’avance sa propre mort (Dt 34,5-12) ? Le Talmud, déjà se permit d’en douter, suggérant que les huit derniers versets du Pentateuque avaient été ajoutés par Josué. Ce n'est au XVI siècle qu'apparaissent en Europe les premières remises en cause de l'attribution du Pentateuque à Moïse. Ces ouvrages seront mis à l'index. Mais c'est au XVII siècle qu’apparaissent les grands fondateurs de l’exégèse scientifique moderne : Richard Simon, Baruch Spinoza et Jean Astruc pour qui la Bible a été composée au cours des siècles avec des additions et des modifications.

La question des sources et la critique littéraire

Si ce sont des anachronismes qui ont en premier éveillé la méfiance à l’égard de l’attribution traditionnelle à Moïse, ce sont des observations relevant de la logique littéraire qui amenèrent les exégètes à se poser la question des “sources”. On observe en effet de nombreuses tensions dans le déroulement du texte.

La présence de répétitions et de doublets

De nombreux passages semblent faire double emploi :

- Deux récits de la création : Gn 1,1-2,4a et 2,4b-25.
- Deux récits de l’Alliance avec Abraham : Gn 15 et 17.
- Deux récits de l’expulsion de Hagar : Gn 16 et 21,9-21.
- Deux récits de vocation de Moïse : Ex 3,1-4,17 et 6,2-7,7.
- Deux versions du Décalogue : Ex 20,2-17 et Dt 5,6-21.
- Trois récits de la femme du patriarche livré au harem d’un roi étranger : Gn 12,10-20 ; 20 ; 26,6-14.

De nombreuses contradictions

À plusieurs reprises surgissent des incohérences ou des contradictions qui étonnent s’il s’agissait d’un auteur unique, mais que l’on comprend si un compilateur avait puisé dans différentes traditions :

- Le nombre de paires d’animaux de chaque espèce que Noé emporte dans son arche :
Une : « Ils vinrent à Noé dans l’arche, couple par couple de toute créature animée de vie » (Gn 7,15).

Sept : « Tu prendras sept couples de tout animal » (Gn 7,2). - Le nombre de jours que dura le déluge :

Quarante : « Or, au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre de l’Arche... » (Gn 8,6). Cent cinquante : « Au bout de cent cinquante jours, les eaux diminuèrent » (Gn 8,24).

La caravane qui emmène Joseph en Égypte :

Une caravane d’Ismaélites : « Allons le vendre aux Ismaélites » (Gn 37,27).
Une caravane de Madianites : « Des marchands Madianites qui passèrent hissèrent Joseph hors de la fosse » (Gn 37,28).

Les noms propres ne sont pas unifiés

Le nom du beau-père de Moïse :

Il est appelé Jethro (Ex 3,1 ; 4,18), Réuel le Madianite (Ex 2,18) ou Hobab le Qénite (Jg 1,16).

Le nom de la montagne de l’Alliance :

C'est le « Mont Sinaï » (Ex 19,11.18 ; Lv 7,38 ; Nb 3,1), mais d'autres textes parlent de la montagne de l’Horeb (Dt 1,6 ; 4,15 ; 5,2 ; etc.).

Le nom de Dieu :

Parmi ces différences onomastiques, la plus importante à être relevée est le recours variable des narrateurs à “YHWH” et à “Élohim” pour parler de Dieu. L’archéologie montre que les Philistins (avec leur roi Abimélek) ne se sont établis le long de la plaine littorale de Canaan qu’à partir de l’an 1200 avant J.C. et que leurs villes ne devinrent prospères qu’au X siècle. Or, la Genèse mentionne une alliance entre Abraham et Abimélek : Ils conclurent une alliance à Béer-Shéva. Abimélek se leva et, avec Pikol le chef de son armée, il retourna au pays des Philistins. Il planta un tamaris à Béer-Shéva où il invoqua le SEIGNEUR, le Dieu éternel, par son nom. Abraham résida longtemps au pays des Philistins. (Gn 21,32-34)

L’histoire des patriarches est pleine de « chameaux », par troupeaux entiers. On retrouve 25 emplois du mot גָּמָל gamal « chameau » au livre de la Genèse (Gn 12,16 ; 24,10.11.14.19.20 ; 30,43 ; 31,17.34...) :

« A cause d'elle, on traita bien Abram qui reçut petit et gros bétail, ânes, esclaves et servantes, ânesses et chameaux. » (Gn 12,16)

Or, l’archéologie montre que le chameau n’a été employé couramment comme bête de somme que bien après l’an 1000 !

Dans l’histoire de Joseph, la caravane de chameaux transporte de la « gomme adragante, de la résine et du ladanum » :

« Puis ils s'assirent pour manger. Levant les yeux, ils virent une caravane d'Ismaélites qui arrivaient du Galaad et dont les chameaux transportaient de la gomme adragante, de la résine et du ladanum pour les importer en Egypte. » (Gn 37,25)

Or, ce sont les marchands arabes qui ont développé ce commerce au VIII et au VII siècle avant J.-C.

Ces indices nous montrent que ces textes ont été écrits sans doute de nombreux siècles après l’époque à laquelle la Bible situe la vie des patriarches. Ces anachronismes indiquent que les VIII et VII siècle avant J.-C. ont été une période particulièrement active de l’élaboration des récits des patriarches.

Histoire d'un texte

Alors, quand, pourquoi et par qui le Pentateuque a-t-il été écrit ?

Au commencement, c'est-à-dire au début du premier millénaire avant notre ère, existaient deux petits états voisins, Juda et Israël, au milieu de plusieurs autres de taille semblable. Ces états nous sont connus par la Bible mais également par les annales d'Assyrie et de Babylone et par l'archéologie. Les deux événements fondateurs qui vont déclencher tout un processus d'écriture et une prise de conscience identitaire sont en 721 avant JC l'annexion du Royaume du Nord, Israël, par les Assyriens et en 587 la destruction de Jérusalem et l'annexion du Royaume du Sud, Judas, par les Babyloniens.

En 721, Israël cesse d'exister comme royaume et des réfugiés emportent avec eux leur nom, leurs traditions et leurs questions à Jérusalem dans le sud. Sous le roi Josias (640-609 av. JC), un siècle plus tard, des scribes vont construire une nouvelle identité de Juda/Israël comme une histoire opposée à l'idéologie assyrienne. Mais c'est les événements de 587 qui vont être déterminants. Israël va demeurer en exil à Babylone jusqu'en 537 date à laquelle Cyrus, roi de Perse, ayant pris la suite des babyloniens, va autoriser les exilés à rentrer chez eux.

Aujourd'hui, même si il n'y a pas de consensus scientifique concernant l'histoire de la composition du Pentateuque, la plupart des chercheurs souligne la place déterminante de l'Exil et du V siècle, au retour de l'Exil, dans ce processus.

Au moment de l’exile : les écrits sacerdotal et deutéronomiste

Concernant la question de l'identité d'Israël, deux réponses théologiques principales sont formulées au moment de l'exil, pour répondre au défi représenté par la destruction du Temple et à la destruction du Royaume de Judas en 537 : la réponse sacerdotale et la réponse deutéronomiste.

Un écrit sacerdotal

Cet écrit que l'on retrouve dans les livres de Genèse, Exode et Lévitique propose pour l'Israël exilique et post-exilique une identité cultuelle. L'idée centrale est que la proximité originelle entre Dieu et l'homme rompue par la crise du déluge va se trouver partiellement restaurée par la médiation.

Un écrit deutéronomiste

Cet écrit antérieur à l'Exil ou exilique comprend au point de départ les livres du Deutéronome et de Josué. Cet écrit réaffirme le rapport privilégié d'Israël avec sa terre. Pour les auteurs de cet écrit, la sanctification du peuple repose sur l'agir commun du peuple, déterminé par une loi cultuelle et éthique alors que pour les auteurs du document sacerdotal, la sanctification du peuple repose sur l'action cultuelle des prêtres.

Un moment poste-exilique au V siècle : le Pentateuque

Après le retour de l'exil en 537 et la reconstruction du temple entre 520 et 515, les prêtres de Jérusalem vont réaliser un remarquable travail de synthèse, correspondant à la délimitation progressive d'un pentateuque comme Torah.

Ils vont articuler les récits patriarcaux et l'épopée de l'Exode en inventant l'idée d'une succession d'époques dans la révélation divine. Il y a le temps des origines, d'Adam à Noé, celui des patriarches, Abraham et ses descendants, celui de la révélation à Moïse.

« Le grand exploit du milieu sacerdotal est d'avoir pu penser deux types d'identité, et d'avoir pu donner à Israël une identité qui dit à la fois sa spécificité tout en rendant le peuple solidaire de l'ensemble de l'humanité ». (fr. Didier van HECKE, GB GSA, Le Pentateuque, 2014/2015).

C'est également au retour de l'Exil que la mise en relation des traditions sacerdotale et deutéronomiste s'effectue, et cela selon deux logiques concurrentes et éventuellement simultanées.

Un moment de clôture canonique au IV siècle : le livre des Nombres

Le livre des Nombres est sans doute le dernier écrit du Pentateuque intégrant un certain nombre de compléments législatifs.

Le Pentateuque est maintenant prêt pour la publication. Son élaboration sera le fruit d'une alliance entre les prêtres du Temple et le milieu laïc des scribes deutéronomistes. Document fondateur, le Pentateuque réussit ce tour de force de rassembler dans une œuvre intégrée ces deux grands courants théologiques de la communauté du second Temple. Ceux-ci reflétaient les débats et les tensions internes à la société judéenne après le retour de l'Exil, entre ceux qui étaient restés au pays et les exilés.

La théologie sacerdotale : elle insiste sur la souveraineté de Dieu dans la création et reconnaît dans le culte et le Temple, les lieux privilégiés de la révélation divine et de la sanctification de la communauté. Les prêtres sont particulièrement valorisés dans ces écrits.

La théologie deutéronomiste : elle présente une théologie de l'histoire, présente dans le Deutéronome mais également dans ce qu'on appelle l'histoire deutéronomiste, les livres de Josué, Juges, Samuel et Rois. Son pivot est la Loi et l'Alliance. L'obéissance à la Loi est la condition sine qua non pour vivre en paix sur cette terre.

En fait, ce sont les exigences internes de la communauté post-exilique qui expliquent ce phénomène de composition et d’édition. Il y avait la nécessité de cimenter l’unité nationale de la communauté au retour de l’exil autour de ses nouvelles institutions. Le véritable motif est à rechercher en Israël et à Jérusalem au temps des réformes de Néhémie et d’Esdras (entre 445 et 398). Le but premier est bien de définir les conditions d’appartenance à un peuple précis : par les liens du sang (d’où l’importance des généalogies du livre de la Genèse) et par le contrat social et religieux (d’où l’importance des codes législatifs) : Israël a survécu en tant que communauté de foi unie par ses traditions et ses institutions religieuses et non en tant que nation indépendante.

C’est dans ce cadre que s’explique la naissance du Pentateuque. Cette rédaction n’est pas une simple compilation de différentes sources, mais elle correspond bien à un projet théologique très précis.
« Dans sa forme finale, la Torah représente un effort de compromis entre les principaux courants religieux et politiques de l’époque et un magistral effort de synthèse entre les différentes traditions sur l’Israël ancien collectées au Temple de Jérusalem ». (T. RÖMER, Introduction à l’Ancien Testament.)

HISTOIRE ANCIENNE ET VÉRITÉ DES RÉCITS BIBLIQUES

 

La « vérité » des récits bibliques

« L’Ancien Testament n’est pas un manuel d’histoire. L’histoire racontée dans la Bible se distingue du concept d’histoire dont use la science historique. C’est la démonstrabilité qui est ici déterminante, c’est à dire la possibilité de vérifier les faits au moyen de documents. La Bible de son côté ne se préoccupe pas de justifier des informations, ni la datation ou la localisation des événements qu’elle rapporte ». (G. VANHOOMISEN, En commençant par Moïse, Lumen Vitae, Bruxelles, 2002, 38. )

Les récits bibliques ne sont donc pas des compte-rendus journalistiques ou le fait d’historiens au sens moderne du terme. Ils ne visent pas tant à l’exactitude de la chronique fidèle et détaillée, ils cherchent plutôt à transmettre un message existentiel à propos des événements qu’ils transmettent. En clair, ils veulent « former » plus « qu’informer ». Pour eux, la signification de l’événement est plus importante que le fait à l’état brut. Mais si la Bible n’est pas un livre d’histoire, elle n’en est pas moins parsemée d’informations de type historique. Le rapport des textes bibliques avec la réalité historique est donc complexe.

D’une part, il est donc nécessaire de corriger notre représentation de l’histoire biblique. Et d’autre part, il faudra mieux définir le type de « vérité » que nous trouvons dans l’Ecriture.

Histoire et histoires

La manière de raconter de la Bible n’est ni celle d’un journal télévisé, ni celle des historiens modernes. Elle n’a pas été écrite par des correspondants de presse qui suivaient les personnages et les événements avec des blocs-notes, des micros et des caméras ! Il va donc nous falloir corriger une façon trop répandue d’aborder les récits bibliques pour adopter une perspective plus juste.

Deux exemples

Le récit du buisson ardent (Ex 3,1-6)

La scène présente deux personnages : Moïse et Dieu. Qui assiste à la scène ? Personne ! Qui peut raconter la scène ? Moïse me direz-vous ! Cependant, le récit n’est pas à la première personne mais à la troisième personne. Ici encore, le narrateur « fait semblant » d’être témoin. Il se met dans la peau d’un témoin oculaire pour pouvoir raconter ce qui se passe.

Le passage de la mer (Ex 14)

Selon le texte biblique, lorsque les Égyptiens s’enfuient parce que les eaux refluent sur eux, ils disent : « Fuyons face à Israël, car le Seigneur combat pour eux » (Ex 14,25). Mais qui a entendu ce discours prononcé par l’armée de Pharaon en fuite ? En effet, les Égyptiens sont tous morts immédiatement après et n’ont donc rien pu raconter (Ex 14,28) ! Au matin, les Israélites ont découvert les corps des Égyptiens sur le rivage (14,30b). Le narrateur, manifestement, fait assister son lecteur à la scène comme s’il était lui-même un spectateur direct !

Analyse

Il nous faut donc aborder les choses d’une autre manière. Très souvent, pour nous, « l’histoire biblique » est « vraie », dans sa littéralité ! Elle n’est ni inventée ni légendaire !!! La Bible raconte des événements qui sont vraiment arrivés ! Alors il faut choisir : ou l’histoire biblique est une histoire vraie, ou bien notre foi perd son fondement ! Alors, comment sortir de ce dilemme ?

Il faut déjà dire qu’affirmer que la Bible utilise certains moyens littéraires que nous retrouvons dans les romans modernes ne revient aucunement à dire que la Bible est un roman. Cela revient à affirmer que la manière d’écrire des auteurs bibliques est plus proche de celles des romanciers modernes que celles des journalistes de télévision ou des grands reporters de presse. Cette constatation se rapporte uniquement à la forme des récits bibliques et n’implique aucun jugement sur leur contenu.

Conclusion

Pour trouver la « vérité » des récits bibliques, il nous faudra chercher ailleurs et s’interroger sur le style et les techniques littéraires propres aux auteurs bibliques. Nous devons admettre qu’il y a différentes façons d’écrire l’histoire. Les canons modernes sont sans doute plus stricts et plus sévères que ceux qui présidaient à la rédaction des récits que nous trouvons dans la Bible. Il faudra s’en souvenir et ne pas attendre des écrivains bibliques qu’ils répondent en matière d’histoire, aux exigences du monde contemporain. Il faut accepter que, désormais, on ne peut plus lire la Bible et l’histoire biblique « comme avant ».

« La Bible est née à Babylone, de cette expérience de l’étranger qui faillit être mortelle mais que la foi du peuple juif a transformé en grâce divine : car, ainsi que nous-mêmes, notre père était un araméen errant… ». (P. GIBERT, La Bible est née à Babylone, Monde de la Bible 161, 39.)

 

COMMENT LIRE CES TEXTES ?

Durant des siècles, on a lu les récits du Pentateuque comme des récits historiques. On considérait ces textes anciens comme le compte rendu d'événements survenus dans le passé. Or, on est aujourd'hui à peu près d'accord pour affirmer que ces récits relèvent avant tout de l'attestation de foi et qu'ils doivent être lus dans cette perspective.

Eviter les impasses fondamentalistes

Reconnaître le texte biblique comme Parole de Dieu ne veut pas dire que la Bible a été dictée mot à mot par Dieu. Plus que de fidélité à cette parole, le fondamentalisme est signe d'étroitesse d'esprit et de manque de foi !

« Le plus sur moyen de ne rien comprendre à la révélation est de la prendre à la lettre... Un grand nombre d'entre nous se bercent de cette illusion, oubliant que le péché capital, lorsqu'on pense l'ultime est l'esprit de littéralité ». (A. HESCHEL, Dieu en quête de l'homme, Paris, 1968, 193.)

Le document de la Commission Biblique Pontificale situe bien cette tentation fondamentaliste :

« Le fondamentalisme insiste d'une manière indue sur l'inerrance des détails dans les textes bibliques, spécialement en matière de faits historiques ou de prétendues vérités scientifiques. Souvent il historicise ce qui n'avait pas prétention à l'historicité, car il considère comme historique tout ce qui est rapporté ou raconté avec des verbes à un temps passé, sans la nécessaire attention à la possibilité d'un sens symbolique ou figuratif... L'approche fondamentaliste est dangereuse, car elle est attirante pour les personnes qui cherchent des réponses bibliques à leurs problèmes de vie. Elle peut les duper en leur donnant des interprétations pieuses mais illusoires ». (Commission biblique pontificale, L'interprétation de la Bible dans l'Eglise, Paris, Cerf, 1994, 63-64. )

Une lecture cohérente de la Bible présuppose donc une connaissance minimum des genres littéraires et des conventions qui ont présidé à son élaboration.

Des récits légendaires

La Bible relate l'histoire de la rencontre entre Dieu et son peuple, une rencontre située dans le temps et l'espace. Mais, comment parle-t-elle de cette rencontre ? Quel type de récit met-elle en œuvre pour raconter cette histoire ?

Habituellement, on oppose volontiers l'histoire et la légende, le vrai et le légendaire. Or, dans la légende (à la différence du conte et du mythe), il y a toujours un fond historique, un noyau de vérité, même si ce noyau est pris dans une gangue d'imaginaire. Dans la légende, souvenirs et réminiscences sont transformées, regroupées, amplifiés. La mémoire demeure toujours le point central autour duquel se construisent les récits. En ce sens, les récits de l'Exode sont des récits légendaires.

Des récits fondateurs

Au point de départ de l'histoire de l'Exode, il y a une attestation de foi : Israël trouve son origine dans la sortie d'Egypte sous la conduite d'un homme, Moïse, choisi par Dieu pour libérer son peuple et le faire monter vers une terre plantureuse et vaste. L'affirmation est ancienne (Os 12,14). Elle constitue l'enseignement fondamental qu'il faut commémorer, célébrer et transmettre aux générations successives.

Les récits de l'Exode n'ont donc pas pour objet de nous informer sur ce qui s'est passé en ce temps-là ! Par-delà ce qui est historiquement recevable ou non, l'histoire de l'Exode implique une fonction propre d'une actualité incontournable. Elle fait appel à l'expérience du rédacteur et à l'expérience de ceux à qui elle s'adresse. Dès lors, s'ouvre un autre champ de vérité, non plus celui, externe, de l'histoire, mais celui, interne, de l'expérience religieuse.

« C'est pourquoi, au terme de plusieurs siècles, si nécessaires, d'exégèse critique, le croyant peut revenir à l'intelligence profonde de ces textes. Si besoin est, une telle critique l'aura débarrassé d'intérêts parasitaires, de questions mal posées, pour lui rendre dans sa netteté l'intention des rédacteurs qui avaient eu eux-mêmes à dépasser la seule intelligence historienne (ou légendaire) de ces traditions afin de les faire accéder à une vérité d'une autre nature ». (P. GIBERT, "Pour un bon usage de l'histoire des patriarches", Lumière et Vie 188, 1988, 42.)

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