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La première communauté et l’attente de la fin des temps.

 

Jésus meurt à Jérusalem aux alentours de l’an 30. En l’an 50, Paul écrit à différentes communautés des lettres qui sont considérées comme les plus anciens documents du Nouveau Testament. Entre ces deux dates, nous nous trouvons dans une période obscure. Ce n’est qu’une génération plus tard vers l’an 70 qu’apparaissent les quatre évangiles et les Actes des apôtres. Nous ne connaissons pas d’autre texte pour tenter de reconstituer ce qui se passe juste après la mort de Jésus. Ce que nous savons c’est que Jésus est crucifié nous sommes au fait que ses disciples dissent qu’il se manifeste comme ressuscité à Jérusalem ; et nous avons tout à croire qu’il laisse derrière lui toutes sortes de mouvements que je nommerais préchrétiens. Des communautés ont laissé des traces, mais si toutes en ont laissé, cela nous l’ignorons. Le problème avec ces lacunes c’est que non seulement il nous manque une partie de l’histoire, mais cela implique qu’une vue d’ensemble, de cette nous fait défaut. Parce qu’évidemment chaque fois qu’une reconstruction de l’histoire des christianismes primitifs livre de nouveaux éléments les historiens doivent repenser la totalité du tableau.

À l’inverse de l’histoire contemporaine, l’histoire de l’Antiquité ne présente que des explications fragmentaires, et d’innombrables imperfections. Nous ne pouvons pas d’écrire un récit continu de l’histoire du christianisme primitif comme nous l’effectuerions pour l’histoire moderne. Nous ne pouvons éclairer que certains points au hasard des rares témoignages, mais la majorité de cette période demeure dans l’ombre. Les sources les plus anciennes demeurent bien sûr les plus importantes ce sont les sept épîtres authentiques de Paul. La première épître aux Thessaloniciens écrite aux environs de l’an 50, l’épître aux Romains, écrite vers 56 - 57 suivit de l’épître aux Philippiens peut-être écrite vers l’année 62, mais ceci est discuté. Ensuite, nous possédons l’évangile selon Marc écrit vers l’an 70. Nous ne saurons jamais assez remercier Luc de nous avoir offert à la fois un évangile et les Actes des apôtres. Les évangiles apparaissent la source essentielle concernant les paroles et l’enseignement de Jésus, tandis que les Actes des apôtres constituent une source incontournable. Celle-ci nous permet de situer dans le cadre chronologique les épîtres de l’apôtre Paul et d’autre part d’écrire l’histoire du christianisme primitif jusqu’à ce que Paul se trouve emprisonné à Rome en 60. Le problème surgit lorsque si l’on peut dire l’historien des premières communautés chrétiennes Luc pour des raisons diverses s’est intéressé essentiellement au groupe de Jérusalem, qu’il a valorisé à l’excès. On a tout à fait l’impression en effet que quelques semaines après la mort de Jésus ses disciples se trouvent là tous réunis à Jérusalem. L’historien du christianisme primitif Luc si l’on peut appeler ainsi l’auteur des Actes des apôtres, va s’attacher essentiellement à cette communauté de Jérusalem en exposant son premier acte, c’est-à-dire la Pentecôte de l’an 30. Profitant d’une grande fête de pèlerinage populaire dans le judaïsme on va annoncer la bonne nouvelle du Christ ressuscité à tous les gens qui figurent là. Ici, une question se pose ! Comment se fait-il que les disciples du nazaréen qui se retrouvent être des Galiléens donc des provinciaux ne connaissant pratiquement rien de la capitale, qu’ils ne s’y rendent que de temps en temps à la Pâque, comment et surtout pourquoi vont-ils revenir se jeter à nouveau dans la gueule du loup ? Pourquoi retourner dans ce milieu de la capitale qui leur reste hostile traqués par les gens du temple et sa police. S’ils reviennent à Jérusalem, ils doivent vivre cachés dans la mesure où la décision de revenir à Jérusalem demeurait un choix risqué et courageux de leur part, et ça, nous devons le comprendre. Risqué parce qu’ils étaient qu’en même les complices, les partisans de quelqu’un qui avait été condamné à mort pour ses idées, et courageux, car ils risquaient de subir un sort qui se trouverait semblable à celui de leur maître.

Donc la question figure : pourquoi si c’est un mouvement galiléen, s’établir à Jérusalem et si peut de temps après la crucifixion. J’imagine qu’un certain temps s’est écoulé avant leur retour à Jérusalem. Je crois que la raison est due à une des caractéristiques de la spéculation apocalyptique. Car la doctrine apocalyptique reste un état d’esprit un genre de religiosité ce n’est pas une pensée universelle. Mais pour les Juifs qui la pratiquent, le seul endroit où peut s’installer le royaume de Dieu demeure évidemment à Jérusalem. Je veux dire que pour eux le royaume de Dieu ne va pas s’implanter en banlieue en Galilée ou en Samarie.

Les disciples de Jésus les membres de sa famille sont tous galiléens une région au nord d’Israël à l’opposé de la Judée. Malgré les risques de séjourner à Jérusalem, la majorité d’entre eux choisissent pourtant de s’y établir. S’ils se sont installés à Jérusalem, c’est parce qu’ils espéraient en ce lieu le retour de leur maître, celui de Jésus. Certes, Jésus est ressuscité, comme ils le prétendent, il est dès lors revenu, mais il est monté au Ciel, et il doit d’après eux revenir à la fin des temps. Ils attendent ainsi à Jérusalem une venue imminente de la fin des temps et ils veulent apparaître présents pour accueillir le retour de Jésus. Donc dans la mesure où la pleine réalisation du royaume était liée au retour de Jésus, entre temps ils devaient bien effectuer quelque chose. Dans un premier temps, l’espérance et le royaume promis qui selon eux devait s’établir à extrêmement court terme à fait que la communauté à choisi d’établir son existence avec la politique de la communauté des biens. Donc de dire en quelque sorte « et bien, voilà, nous allons d’or et déjà réaliser ce qui apparaîtra effectif dans le royaume pleinement concrétisé, à savoir une vie de partage parfait et de fraternité intégrale ». Ce comportement me semble reflété par les récits des Actes, et c’est une démarche qui apparaît d’autant moins vraisemblable que nous savons qu’à Qumram ce groupe pratiquait la communauté des biens. L’histoire d’Ananias et Saphira, se trouve à la fois curieuse et effrayant à bien des égards. On le rencontre en Acte chapitre 5. Ananias et Saphira proclament qu’ils vont effectivement faire don de leurs biens à la communauté et qui de fait tout en vendant leurs biens ils décident d’en garder une partie pour eux. Au moment où ils apportent ce qu’ils présentent comme la totalité de leurs biens à Pierre, ils se trouvent très mal accueillis c’est le moindre que l’on peut dire ; puisque Pierre répond : « Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu mentes au Saint-Esprit, et que tu aies retenu une partie du prix du champ ? » Que l’on ait eu au sein de la communauté primitive de Jérusalem une sorte de règlement qui prévoyait une mise en commun des biens inspirés du modèle essénien me semble tout à fait envisageable. Dans ces conditions, Ananias et Saphira ont triché. Ils ont voulu dans le doute de la réussite de la communauté et du retour de prochain de Jésus se garantir une sortie, en assurant leurs arrières.

Cependant, nous ne savons pas si la première communauté était structurée. Ils ont pu croire que tout allait se passer si vite, mais peut être pas. Donc dans les Actes des apôtres cette histoire d’Ananias et Saphira nous apprend que les biens étaient mis en commun et ce qui arrivait à ceux qui en gardaient une partit pour eux. Certainement que nous devions rencontrer aussi des gens qui possédaient beaucoup de respect pour la communauté, mais ne l’intégraient pas. Il apparaissait nécessaire d’entreprendre un acte volontaire pour y adhérer, cela ne suffisait pas d’y souscrire vaguement. On retrouve cela dans les Actes, « les apôtres se tenaient tous d’un commun accord sous le portique de Salomon et personne d’autre n’osait se joindre à eux, mais on célébrait leurs louanges. Des croyants s’adjoignaient au Seigneur, de plus en plus nombreux. »

Comment peut-on dire nul n’osait se joindre à eux et en même temps des croyants de plus en plus nombreux. Peut-être les gens avaient-ils peur de ce qui était arrivé à ceux qui essayent de rentrer dans la communauté, mais qu’ils avaient été tuer parce qu’ils n’avaient pas joué le jeu en donnant la totalité de leurs biens. C’est ce qui se passait dans le judaïsme de la même époque. D’un côté se trouvait des prosélytes et de l’autre des « craignant Dieu », des admirateurs, des sympathisants. La communauté effectuait la distinction entre ceux qui possédaient la « carte » et ceux qui ne l’avaient pas. Mais comment cette communauté était-elle exactement organisée nous ne le savons pas. À mon avis, les premières communautés chrétiennes sont des communautés très strictes et très observatrices et peut-être relativement sectaires, ce qui ne me semble pas particulièrement différent des communautés esséniennes. Elles semblent fonctionner en vase clos en communautarisme, avec des règles très strictes une discipline très stricte si l’on en croit les Actes des apôtres, et nous n’avons aucune raison de supposer qu’ils mentent. L’on demeure en présence d’une communauté des biens, qui possède ses règles d’exclusion et son désir de ne pas trop se mêler aux non juifs. Cela veut dire comme vivaient des communautés monastiques médiévales ou modernes. On se reproduit ou perpétue le mouvement par des apports de conversions, de vocations nouvelles, venant de l’extérieur. Dans le début du livre des actes des apôtres, les Hellénistes protestent à propos de leurs veuves. C’est un mot très intéressant les veuves, dès l’instant où les veuves sont des personnes qui sont exclues de la sexualité. Philippe ensuite va convertir un eunuque au chapitre 8 c’est aussi quelqu’un qui est exclu de la sexualité ; et au chapitre 21 on nous dira qu’il y a 4 filles vierges. Non parce que celles-ci demeurent encore vierges, mais bien parce qu’elles ont choisi de le rester. Dès lors, on se trouve bien chez quelqu’un qui représente une tendance à renoncer à sa sexualité et à tourner le dos à la vie sexuelle donc la vie sexuelle qui signifie la reproduction interne. Dans la communauté, on ne peut pas se reproduire, cela n’est pas possible. On se retrouve là entre soi, on ne pourra se perpétuer qu’en effectuant des adeptes en dehors du cercle familial. C’est probablement quelque chose qui est lié à cette attente de la fin des temps à savoir que cela n’est pas la peine de ce mari ; ce n’est pas la peine de mettre des enfants, au monde, et même de travailler puisque la fin des temps apparaît proche. On attend son retour imminent donc l’avènement du royaume de Dieu que l’on renonce à avoir des enfants, on cesse de travailler, et véritablement on est tendu vers cette croyance. C’est un comportement que l’on a pu observer lors des grandes épidémies de peste ; la mort apparaissait si proche et évidente, que les gens ne se mariaient plus ils abandonnaient leur travail, et même le travail des champs étaient délaissés. Le dernier mot des textes du Nouveau Testament c’est précisément cette prière cette invocation en araméen et qui demeure manifestement un écho de cette attente originelle « maranatha » maranâ thâ' Seigneur mon maître « thâ’ » vient. Donc on attend le retour et pendant longtemps on va l’attendre. Cependant, au bout d’un certain temps, on va bien se rendre compte que le royaume de Dieu à Jérusalem ce n’est pas pour tout de suite. Tandis que les communautés primitives attendent avec patience ou impatience ce retour, je ne suis pas sûr que les communautés contemporaines sont aussi motivées sur cet article de leur crédo « il reviendra juger les vivants et les morts ». Je ne sais pas si l’on rencontre encore beaucoup de prêtres ou de pasteurs qui dans le contexte actuel réfléchissent et prient et prêchent sur cet article du crédo. (mis à part les évangélistes) Manifestement, cela fait 2000 ans et vraisemblablement on ne figure pas prêt ou pressé de voir le retour du Christ, alors que c’est quelque chose qui reste essentiel au christianisme à l’origine. C’est même le fondement du christianisme imaginé par Paul et les premiers chrétiens.

Le retour du Seigneur ce que l’on appelle la parousie c’est-à-dire la présence du Seigneur non seulement il est ressuscité, mais il doit revenir et il doit revenir bientôt. Or son retour c’est justement cette apparition du règne de Dieu, et donc des événements finaux et du jugement. Ce n’est pas pour rien qu’une confession de foi ultérieure le fera juger les vivants et les morts assit à la droite du Père. Effectivement l’attente de la parousie, de la fin des temps parais avoir demeuré un phénomène extrêmement présent aux origines du mouvement chrétien dans un premier temps. Ainsi l’Église primitive de Jérusalem semble attendre cette fin des temps comme un événement proche. L’on peut donc dès à présent proposer un modèle transitoire d’organisation au sein de la communauté qui consiste en sorte à une liquidation des affaires courantes dans l’attente de la fin des temps prochaine. La difficulté d’une telle entreprise c’est qu’elle a certainement conduit à une faillite économique. À savoir que dans la durée (et la durée n’a pas dû être très longue) en quelques années, ou même quelques mois, on a abouti à de réelles complications. Dans la mesure où vivre tous qu’avec les biens mis en commun ne le permettait plus. Le capital avait dû fondre vite comme neige au soleil. D’ailleurs un peu plus tard on rencontre une collecte au profit de l’Église primitive de Jérusalem qui pourrait exprimer les problèmes économiques qu’elle a rencontrés. Dès lors, ce modèle a dû être abandonné peut-être parce que tout simplement là encore du fait du décalage de la fin des temps un démenti à l’attente de la communauté apparut. À partir de là, la communauté de Jérusalem qui jusque là avait vécu comme une fraternité extrêmement chaleureuse, sous la communauté des biens, fut amenée à envisager un autre mode d’existence pour assumer dans la durée le retard de ce que l’on appelle la parousie.

Par conséquent lorsque le royaume de Dieu n’arrive pas matériellement parlant, on se pose des questions. D’abord pourquoi n’arrive-t-il pas ? La raison peut paraître la suivante : est-ce qu’on ne se comporte pas comme il faut, ou est ce parce que nos pratiques notre doctrine sont erronées que cela n’advient pas ? Dans ces conditions, qui a raison, et que doit-on faire ? Et puis deuxièmement si l’on se trouve là pour la longue durée on ce doit peut-être un petit peu systématiser les pratiques, organiser les églises trouver des systèmes de responsabilité, des systèmes hiérarchiques. Il en est ainsi pour toutes les sectes finalement qui dans l’immédiat ne voient pas leur espérance se réaliser et doivent faire face à la difficulté de durée. Donc lorsqu’une secte a prévu la fin des temps et que celle-ci n’arrive pas, deux possibilités se présentent à elle. Soit la secte en question se dissolve et abandonne ses espérances, ou alors elle se solidifie d’une façon ou d’une autre elles trouvent des mécanismes de protection, d’autorité qui lui permettent de durer. On demeure encore très loin d’une organisation ferme des différents ministères au même degré qu’on les trouve à la fin du premier siècle ou au début du second ; mais déjà, on effectue la distinction entre les gens qui prêchent, entre les prophètes, entre les personnes qui organisent la vie administrative ou spirituelle. Ceux qui prêchent ceux qui enseignent c’est un premier stade d’organisation comme on le retrouve dans certaines églises protestantes modernes. Ce que l’on peut dire c’est que des sociologues se sont penchés sur le phénomène. Ils ont démontré que dans les mouvements que l’on appelle millénariste c’est-à-dire ceux qui éprouvent une attente prochaine de la fin des temps ; on observe une loi de l’histoire qui apparaît que le démenti apporté à l’attente du groupe catalyse souvent sa propre activité et ses moyens de palier en quelque sorte et surmonter l’échec de son attente.

La communauté des disciples de Jésus doit donc s’organiser, mais elle subit en même temps les oppositions les conflits et les premières querelles.

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