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Visite des mages venus d’Orient.
(Matthieu 2, 1-12.)
1 Or, après que Jésus fut né à Bethléhem de Judée, aux jours du roi Hérode, voici, des mages de l'orient arrivèrent à Jérusalem, disant : 2 Où est le roi des Juifs qui a été mis au monde ? Car nous avons vu son étoile dans l'orient, et nous sommes venus lui rendre hommage. 3 Mais le roi Hérode, l'ayant ouï dire, en fut troublé, et tout Jérusalem avec lui; 4 et ayant assemblé tous les principaux sacrificateurs et scribes du peuple, il s'enquit d'eux où le Christ devait naître. 5 Et ils lui dirent : A Bethléhem de Judée; car il est ainsi écrit par le prophète : 6 "Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n'es nullement la plus petite parmi les gouverneurs de Juda, car de toi sortira un conducteur qui paîtra mon peuple Israël". 7 Alors Hérode, ayant appelé secrètement les mages, s'informa exactement auprès d'eux du temps de l'étoile qui apparaissait; 8 et les ayant envoyés à Bethléhem, il dit : Allez et enquérez-vous exactement touchant le petit enfant; et quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, en sorte que moi aussi j'aille lui rendre hommage. 9 Et eux, ayant ouï le roi, s'en allèrent; et voici, l'étoile qu'ils avaient vue dans l'orient allait devant eux, jusqu'à ce qu'elle vint et se tint au-dessus du lieu où était le petit enfant. 10 Et quand ils virent l'étoile, ils se réjouirent d'une fort grande joie. 11 Et étant entrés dans la maison, ils virent le petit enfant avec Marie sa mère; et, se prosternant, ils lui rendirent hommage; et ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent des dons, de l'or, et de l'encens, et de la myrrhe. 12 Et étant avertis divinement, en songe, de ne pas retourner vers Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.
La Bible John Nelson Darby.
Dans ce chapitre, nous évoquons la visite des "Rois mages" à Jésus que l'on nomme communément L’Épiphanie. Que pouvons nous retirer de ce texte de Matthieu ! Quel enseignement, quel message Matthieu a-t-il bien voulu nous transmettre au travers de ce récit, qui rappelle plus un conte des mil et une nuits, qu'un récit d’Évangile. Nous connaissons tous ce récit, ou du moins, nous pensons tous le connaître. Car, à l'image de ces chansons populaires qu'elles soient celles de David Alexandre Winter chanté sur un Thème musical de l'Arlésienne de Georges Bizet, ou de celle parlant des « Rois mages, en Galilée, qui suivaient l'étoile du berger, » bien que les mages n'aient aucune raison d'avoir traversé la Galilée, qui est située bien plus au nord de Bethléem en Judée (au-delà de la Samarie). Nous colportons malgré nous et sans s'en rendre compte un nombre incroyable d'idées reçues qui n'ont rien à voir avec le texte biblique.
Ainsi, Matthieu ne nous indique même pas leur nombre. Il n'affirme pas non plus qu'ils étaient Rois, ni même qu'ils portaient chacun un cadeau. Matthieu ne précise pas plus qu'ils se nommaient Melchior, Gaspard et Balthazar, ni que l'étoile qu'ils suivaient était effectivement l'étoile du berger. Donc pour bien comprendre l’enseignement que veut nous transmettre Matthieu et en retirer quelque chose d'utile à notre spiritualité, il faut revenir à ce que dit vraiment le texte au sujet de ces hommes venus d'Orient afin de dégager le sens théologique que nous pouvons donner de ce passage.
Au premier verset, Matthieu nous dit simplement : « des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem ». La première question à se poser est il me semble ; Qui sont ces mages ?
Nous savons qu'ils viennent d'Orient c’est-à-dire à l'orient de la Palestine. Donc la réponse la plus probable est qu'il s'agit de prêtres Perses, et donc plus précisément, de disciples de Zarathustra. En Mésopotamie, depuis plusieurs siècles déjà, on adore le dieu Ahura-Mazda, et Zarathustra, dont le nom signifie à la fois « l'homme aux vieux chameaux » et « astre doré » (tiens, tiens !), car uštra devenu ashtar en vieux perse et shotor en persan (chameau) pourrait signifier en même temps l'astre (en français), star en anglais, stella en latin et sétaré en persan actuel, et το αστ?ρι (to astéri) en grec.
La relation pouvait venir du voyage de l'astre dans le ciel, en comparaison de celui du chameau sur la terre comme seul moyen de déplacement et de voyage de cette époque. Ainsi, la composition zaraϑ = or et uštra = astre, pouvait donner « astre doré », et en même temps le « chameau doré » c’est-à-dire un vieux chameau à en croire les traducteurs.
Toujours est-il que ce Zarathustra est à l'origine d'une réforme de cette religion monothéiste le mazdéisme qui va mettre de manière prononcée l'accent sur la lumière. On connaît bien cette religion dont on a encore les textes, notamment l'Avesta qui contient 17 Gathas ou hymnes sacrés. Et justement, il en est un qui dit : « La meilleure vie appartient à celui qui va vers la lumière et qui la partage avec d'autres » (Gathas, VIII,2). Ainsi, une fois par an, des prêtres, qui étaient par ailleurs astrologues, se rendaient sur une haute montagne pour observer les étoiles et voir s'il n’y aurait pas un signe indiquant l'accomplissement de toutes les espérances humaines. Et chose curieuse, ils y allaient au nombre de 12, un prêtre pour chaque signe du zodiaque. (Mot qui vient de la pratique de cette religion) 12 comme les 12 tribus d'Israël, 12 comme les 12 apôtres de Jésus.
Pourquoi une telle similitude ?
Lorsque Cyrus le Grand, roi des Perses prit Babylone au 6ème siècle av. J.-C., c’est lui, qui permit au peuple hébreu en exil de retourner en Israël et de reconstruire le Temple. Les historiens s'accordent même pour évoquer l'influence notable qu'aurait eue le judaïsme des juifs déportés à Babylone sur certaines pratiques religieuses mésopotamiennes et vice-versa.
En fait les mages et ceux qui pratiquaient le zoroastrisme, n’étaient pas des personnes comme les romains ou les Grecs en ce qui concerne leur pratique religieuse. Ils étaient contrairement aux peuples antiques mis à part les Hébreux, profondément monothéistes. Le zoroastrisme, ou mazdéisme est une religion iranienne qui doit son nom à son dieu principal, Ahura Mazda. Le livre sacré du mazdéisme est l'Avesta. Le zoroastrisme, du nom de Zoroastre/Zarathoustra, est une réforme du mazdéisme. Le zoroastrisme est donc la forme monothéiste sous laquelle s'est répandue cette religion, qui existe toujours.
Leur dieu Ahura Mazdâ est seul responsable de l'ordonnancement du chaos initial, le créateur du ciel et de la Terre. Les zoroastriens, respectent le feu comme symbole divin. Zoroastre prêchait un dualisme reposant sur le combat entre le Bien et le Mal, la Lumière et les ténèbres, dualisme présent dans l'islam chiite duodécimain. Le principe de Zoroastre est qu'il existe un esprit saint (Spenta Mainyu), qui est le fils d'Ahuras Mazd?, et un esprit mauvais (Angra Mainyu), son jumeau, tous deux opposés car représentant le jour et la nuit, la vie et la mort, le bien et le mal, et ces deux esprits coexistent en s’incarnant dans chacun des êtres vivants.
Donc ces mages monothéistes cherchaient la lumière, le bien, qui est pour eux l’esprit saint qui est le fils de leur dieu Ahura Mazdä, ils recherchent le fils de Dieu Spenta Mainyu incarné seul « sans dualité » en un homme, et c’est cet homme qui devra régner dans son royaume terrestre et céleste. Donc le signe qu’ils cherchent dans le ciel c’est cette union entre le terrestre et le céleste et qui doit annoncer la naissance d’un enfant destiné à être roi et qui sera l’incarnation du bien soit Spenta Mainyu, et devant soumettre le mal.
Nietzsche écrivit une parodie du personnage de Zoroastre, au travers sont œuvre "Ainsi parlait Zarathoustra" qui inspira Richard Strauss pour la composition d'un poème symphonique en 1896, ainsi que Gustav Mahler dans le quatrième mouvement de sa Troisième Symphonie. Nietzsche l'associait au manichéisme. Zoroastre aurait, selon lui, inventé le dualisme moral, sous la forme de la Daeva l'esprit maléfique (les forces naturelles) et de l'Ahuras (la raison, le "bien" et le "mal", la morale). C'est ce dualisme que Nietzsche se proposait d'abolir « par-delà le bien et le mal ».
On retrouve ce dualisme de lutte permanente entre les forces du bien (Dieu) et celle du mal (Satan ou le Malin) dans la pensée, ou théologie, de certains courants chrétiens, judaïque, et de l'islam.
Mais nous parlerons le moment venu de tout cela dans un autre chapitre. (Ceci était donc une parenthèse)
Donc le récit des mages « rois » qui est habituellement, interprété comme montrant l'hommage des païens à Jésus, et que même les autres religions reconnaissent et adorent Jésus, et aussi Jésus accomplit l'espérance, de toutes les religions, il est la réponse universelle à la quête de l'homme, n’est pas tout à fait exact. Je pense que cela va bien plus loin que cela. Pourquoi !
Ces mages arrivent à Jésus, c'est vrai, mais on peut s'étonner que ce soit par un chemin aussi détourné. Ils n'y arrivent pas par « nos écritures » c’est-à-dire grâce aux textes Bibliques, ou la Thora juive, mais par les leurs, l'Avesta, et tout simplement en suivant une étoile, se déplaçant non pas dans le ciel comme ont l'a souvent dit, mais dans les constellations des signes zodiacaux. Mais en fin de compte l’étoile ne les a pas conduits à Jésus, directement, ils ne savaient pas du tout où aller, ils ont dû passer par Jérusalem, et demander aux prêtres et ce sont eux qui leur ont indiqué l'endroit en interprétant une prophétie de Michée.
Mais en regardant ce récit de plus près, on ressort de nombreuses bizarreries dans la démarche de ces premiers adorateurs.
La première bizarrerie, c'est qu'ils étaient astrologues. Or dans la Bible, l'astrologie est extrêmement mal vue, c'est considéré comme une idolâtrie et plus encore comme une abomination aux yeux de l'Éternel. Il est donc curieux, que le premier exemple d'adorateurs, après les bergers de Bethlehem, les premiers religieux à découvrir Jésus, soient en fait des « hérétiques », alors que les bons croyants juifs, les théologiens juifs professionnels, ceux, qui connaissaient les Écritures ; ceux même qui pratiquaient bien comme il faut, qui suivaient la Thora, et qui savaient même où devait naître le Messie, eux qui savaient toutes ces choses, ceux-là, ne se j'oignent pas à eux pour le rencontrer. Le texte de Matthieu ne nous suggérait-il pas qu'il faut être au départ un peu hérétique pour bien s'approcher et suivre Jésus ? En quoi cela serait-il étonnant après tout, dans l'Évangile, Jésus dira que souvent les pécheurs et les prostituées sont plus proches du Royaume de Dieu que les pharisiens des professionnels de la religion, des bonnes œuvres et de la bonne doctrine.
Ceci dit, l'hérésie, pas plus que le péché n'est une valeur en soi. Pour ces mages ce qu'il y a de positif dans leur hérésie, c'est qu'elle les a amenés à se mettre en marche, à chercher, à cheminer selon leur propre foi « chercher et vous trouverez » à dit Jésus. On peut tirer ici un parallèle avec Saint Augustin qui avant de découvrir le Christianisme suivait les voies du manichéisme, et c’est justement l’étude critique de cette hérésie qui le fit entreprendre sa propre recherche et découvrir le christianisme.
En fait nos erreurs ne sont mauvaises que quand elles nous immobilisent, qu’elles nous empêchent de nous mettre à la recherche de Jésus. Or il faut savoir que parfois, nos vertus même peuvent nous immobiliser, nous empêcher d'accueillir la nouveauté comme ces scribes de Jérusalem.
Il n'y a que deux catégories de gens qui ne peuvent rien trouver dans la spiritualité : les sceptiques ceux qui pensent qu'il n'y a tout simplement rien à trouver, et donc ne chercheront pas, et à l'opposé ce sont les dogmatiques, qui eux, sont si sûrs d’eux-mêmes, qu'ils pensent avoir déjà tout trouvé, et donc qu’il n’y a plus rien à trouver, et n'entameront eux non plus aucune autre recherche. Le pécheur, l'hérétique, celui qui se sait pauvre en esprit, celui qui a faim, qui a soif, qui pleure, bref tous ces gens à qui Jésus s’adresse dans son sermon sur la montagne, eux, ils ont des chances de chercher, de quêter, d'avancer, ils veulent du neuf, de l'inattendu, ils veulent trouver.
Le propre de la création, et donc de l'action de Dieu, c'est qu'un instant ne peut se déduire du précédent, il y a sans cesse des explosions de nouveauté, des émergences de vie. Pour accueillir le plan de Dieu, il faut donc être prêt à tout et fondamentalement disponible. Pour découvrir la vie, il faut être prêt à sortir du chemin qu'on se planifiait, et des interprétations littérales des textes sacrés, sortir des dogmes, que l’on se fabrique ou que l’on nous a fabriqué bref il faut parfois savoir se perdre, se désorienter.
Les mages, eux, vont être prêts à trouver Jésus ailleurs que là où ils penseraient qu'il devait être. Il ne sera pas dans la ville royale de Jérusalem, mais à Bethléem, petite bourgade provinciale, il ne sera pas dans un palais, mais dans une humble famille de charpentier. Ils sont prêts à tout, prêts à se laisser déranger dans leurs certitudes de départ, leur conception des choses, leurs habitudes, les enseignements qu'ils ont pu recevoir. Ils vont chercher ailleurs, loin des sentiers battus, ce que ne savaient plus faire les scribes et les pharisiens.
Il faut, comme les mages, avoir le courage de tâtonner, de se perdre, de rebrousser chemin, de ne pas arriver du premier coup, et de continuer sa quête. Il faut avoir le courage d'avancer sans certitude, de marcher dans la nuit. Avec, si tout de même, une seule certitude : il y a quelque chose à trouver dans cette nuit, il y a quelque chose à trouver dans les ténèbres ; et c’est son contraire qui est la lumière.
On trouve une autre bizarrerie de taille dans la démarche des mages : en effet leur religion enseigne que « La meilleure vie appartient à celui qui va vers la lumière et qui la partage avec d'autres » or ils viennent de l'Orient, ce mot vient d’« or » en hébreu qui signifie « la lumière », et qui a donné aussi le terme « orienter » qui signifie se tourner vers l'orient, ou se tourner vers la lumière, comme dans les cartes dans l’antiquité et au Moyen Âge, mettre l'est en haut (et non le Nord). Il est normal en effet de se tourner vers l'est, vers le soleil levant, c'est de là que vient la lumière, et c'est très bien de se tourner vers la lumière, c'est normal, c'est l'attitude habituelle. Même nos églises sont normalement tournées vers l'est. Mais là, les mages, font tout à l'envers, ils « viennent de l'Orient », donc ils y tournent le dos à cet Orient, ils tournent le dos à la lumière, ils se désorientent.
Mais justement, il faut savoir chercher là où l'on n'attend pas, ailleurs que dans l'évidence. Tout le monde cherche la lumière, les gens ordinaires se tournent vers ce qui brille, l'or, la facilité. Les mages, eux, vont tourner le dos à ça, et chercher dans l'ombre. Ils vont vers l'ombre pour chercher la lumière. Les trésors terrestres ne sont que des miroirs aux alouettes. Ce vers quoi nous courrons, ce qui nous obnubile, en fait nous attire dans la mauvaise direction, nous sommes comme les papillons de nuit qui se précipitent sur la première lumière vulgaire venue pour s'y brûler les ailes. Les motivations terrestres, ne sont d'aucun secours pour la recherche de l'essentiel. Le Soleil « tourne, » on ne peut pas s'orienter par rapport au Soleil, ce n'est qu'une lumière brutale qui éblouit et qui désoriente.
Il faut savoir chercher l'ombre pour trouver la vraie lumière, aller vers le silence pour entendre une parole authentique. Il faut savoir aller à contresens de tout le monde. Tout le monde dit : l'est c'est ce qui est devant, mais eux vont en arrière, ont le courage d'avoir leur propre chemin, et d'aller ailleurs. Ils ont suivi une étoile ou du moins ils se sont « orientés » vers une étoile, qui brillait peut-être moins, mais qui brillait « nuit et jour », et l'autre miracle selon les pères de l'Église, c'est qu'elle indiquait toujours la même direction contrairement aux autres astres qui tournent. Ils ont eu le courage de faire autrement que tout le monde. Illustrant ce que seront les propos de Paul : « ne vous conformez pas au monde présent mais soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence… »
Maintenant que nous avons fait connaissance de ces prêtres mages, voyons ce que Matthieu veut nous enseigner d’autre avec ce récit qu'il est le seul, rappelons-le, à nous transmettre. Lorsque j'ai étudié ce texte, que nous lisons souvent hélas trop vite, sans trop bien comprendre reconnaissons-le, il y a quelque chose qui m'a frappé en plus de ce qui vient d’être dit, mais qui n’est en fait que la complémentarité spirituelle : c'est là que nous sommes en présence dans ces versets de deux mondes parallèles. Il y a d'un côté, des mages qui tournent à contresens, ils interrogent d’autres prêtres qui attribuent un sens à un verset de Michée. Il y a un palais à Jérusalem avec Hérode, le Roi des Juifs, nommé par des païens à Rome, et sa cour (on devine ou imagine que celle-ci se prosterne devant lui pour recevoir), et autour de lui, les prêtres et les scribes, le pouvoir religieux juif, qui est censé être les représentants du peuple de Dieu. D’autre part le nom de Jérusalem se réfère au culte du dieu des Cananéens, Shalem qui était un dieu populaire dans le panthéon ouest sémitique, (donc d’occident), divinité de la création, de l'exhaustivité, et du soleil couchant. Comme la première syllabe de Jérusalem vient de uru, qui signifie « fondation » ou « ville fondée par », le sens du nom primitif est donc « fondée par Shalem », ou « sous la protection de Shalem ». En s’adressant aux prêtres de Jérusalem on voit que nos prêtres mages étaient désorientés c’est le cas de le dire.
Et puis, de l'autre côté, il y a dans le village de Bethlehem « la maison du pain » comme l’autre Jérusalem ? La cité de David, Jésus que nos mages « prêtres » appellent « Roi des Juifs », sa maison à Bethlehem (le texte grec utilise chicos voir Matthieu, 11 soit le même terme qui est utilisé pour parler du palais d'Hérode). Et autour de lui, nos fameux « mages » ou prêtres perses. Le Roi des juifs dans sa maison et les prêtres d'un côté, le Roi des juifs dans sa maison et les prêtres de l'autre. Deux royaumes parallèles coexistent dans le récit de Matthieu.
Mais Hérode ne perçoit pas cela comme un monde ou un royaume parallèle, ou spirituel, il perçoit cela comme un monde ou royaume concurrent, un royaume qui veut le renverser, lui que les Romains des païens ont mis en place et qu’il représente. Un monde qu'il veut vaincre par l'épée pour sauver le sien. Jésus et les mages sont-ils un pouvoir concurrent ? Hérode a-t-il raison de se sentir menacé ? Ce que Matthieu veut nous enseigner ici, c'est plutôt une série de gestes, et de symboles qui disent : il y a pour chacun d’entre nous une alternative, à notre orientation à prendre, le monde pourrait fonctionner différemment. Et les mages nous enseignent que « La meilleure vie appartient à celui qui va vers la lumière » mais cette lumière dans ce monde parallèle ou alternatif bref « spirituel » ne vient pas forcément d’Orient. Il ne s'agit pas ici d'un pouvoir concurrent mais d'un pouvoir alternatif. Adoré et servir un roi ou prince ou puissant tout ce que vous voudrez de ce monde, de fondation païenne, à Jérusalem, à Rome ou, où vous voulez, ou adoré et servir le fils de Dieu dans la nouvelle Jérusalem.
En quoi le monde inauguré par Jésus serait-il différent ?
Encore une fois, Matthieu répond par allusions : il met dans la bouche du clergé d'Hérode une citation issue de l'Ancien Testament :
Et toi, Bethléem Ephrata, toi qui es petite parmi les fratries de Juda, de toi sortira pour moi…
Celui qui dominera sur Israël ; Lorsque l'Assyrien viendra dans notre pays Et qu'il pénétrera dans nos palais, nous dresserons contre lui sept bergers, huit princes du peuple.
Or il s'agit, en fait, d'une citation de Michée 5 h 2 « Et toi, Bethléem Ephrata, toi qui es petite parmi les fratries de Juda », ce qui est juste le contraire. Ils vont donc trouver où chercher leur " roi des juifs", Jésus par une erreur de traduction, ou une erreur d'interprétation d'un texte biblique. Cela peut être très rassurant, pour nous, les erreurs d’interprétations bibliques peuvent être aussi porteuses de sens, et il n'y a pas à s'angoisser sur le fait que l'on ait ou non la « juste » interprétation ou la bonne traduction de l'Écriture. L'Écriture est généreuse, et même à travers nos erreurs, nos imprécisions, elle peut être créatrice.
La question n'est donc pas, pour trouver la vérité, de rester sous un dogme, dans un chemin balisé, de suivre une piste sans sortir ni à gauche ni à droite, au contraire, dans notre recherche de Jésus Christ il faut savoir flâner, zigzaguer, comme la brebis dans ses pâturages. Les mages vont trouver Jésus grâce à une religion et une pratique spirituelle erronée, basée sur une fausse conception d'une lutte du bien contre le mal, et à des fausses interprétations, des mauvaises traductions, et des erreurs de théologie. Ils vont trouver par des fausses pistes dogmatiques et humaines, car se qui les orientait c’était cette étoile qui est leur désirent de trouver le « roi du bien », le « fils de lumière » cette étoile « spirituelle » qui les guidait c’était leur foi dans le bon, dans le bien. Pour Matthieu l’étoile est donc un symbole celui de la foi.
Pour revenir au passage de Michée, qu'en Michée écrit ceci, la menace assyrienne est une réalité. Puis, ce seront les Syriens, les Grecs et à l'époque de Jésus, les Romains. La question du rapport avec les pays voisins, est souvent perçue avec raison comme une menace la question est ainsi centrale en Israël. Le Roi Hérode, en citant Michée, souscrit à cette vision guerrière de la relation à l'étranger. En notre temps encore l'étranger fait peur à beaucoup, nous pouvons donc nous inspirer fortement de ce texte qui a beaucoup à nous apprendre sur notre façon de nous comporter vis-à-vis des étrangers. Or, les mages contredisent cette attitude : alors que jusque-là, les élites du pays étaient déportées, là, ce sont des élites étrangères, les mages, qui viennent en Israël. Alors que l'arrivée des puissances étrangères était signe de domination, là, ces prêtres, non seulement viennent en paix mais viennent adorer le Roi des juifs. Alors que d'habitude, les richesses d'Israël étaient pillées par les étrangers, là, les étrangers offrent des richesses à Israël. Le pouvoir jusque-là temporel du Roi Hérode à Jérusalem est désormais spirituel avec les mages. Il est de l'ordre du changement de regard sur le monde et sur ce qui est important dans le monde : l'amour, le plus subversif des pouvoirs, doit désormais être au cœur de nos relations à l'autre, que l'on soit enfant juif ou mage perse, blanc ou noir, riche ou pauvre, chrétien ou musulman.
Car, finalement, ces hommes qui cheminent vers Jésus en demandant : Où es-tu fils de Dieu ? Cela nous ressemble beaucoup. Ils ont choisi de faire confiance à la faiblesse et à la fragilité, ils ont reconnu comme Roi un bébé pauvre, né dans une étable, ils ont reconnu Jésus comme le bien, le bon incarné, et se prosternent dans la Nouvelle Jérusalem, la Maison du Pain « de vie ».
Et cette liberté par rapport aux autres va très loin pour les mages le roi leur donnera un ordre : « quand vous l'aurez trouvé, venez me dire où est le petit enfant ». Et ils vont désobéir au roi au pouvoir terrestre pour obéir à un songe divin. Voilà qui est incroyablement révolutionnaire : Jésus aura la vie sauve grâce à une désobéissance, une insoumission au pouvoir terrestre. Trop souvent on a valorisé l'obéissance au pouvoir en place, surtout en interprétant les textes de l'Apôtre Paul. En fait, la désobéissance et l'insoumission au pouvoir des « pouvoirs terrestres » sont parfois des choses essentielles même indispensables pour accéder à la vérité. Et ce n'est pas la première fois dans l'Écriture, Moïse devra aussi sa survie à la désobéissance de deux sages-femmes : Schiphra et Pua, Le pharaon avait exigé qu'on tue tout garçon naissant, elles ne l'ont pas fait et ont trouvé une fausse excuse. La tradition juive dit qu'on a gardé leur nom parce qu'elles avaient fait une chose extraordinaire. Or justement, elles ont désobéi au Pharaon, au pouvoir terrestre, et elles lui ont menti. Ici on retrouve une allégorie entre les mages du Nouveau Testament et les sages-femmes, de l’Ancien Testament, entre Moïse et Jésus.
Mais donner une place à la désobéissance, ce n'est pas prêcher l'anarchie. L'égarement, la désobéissance, les erreurs ne sont pas forcément créatrices. Elles peuvent être destructrices aussi c'est vrai, mais en tout cas rien ne peut se passer sans elles.
Le bon critère, c'est de voir ce qui met en marche, ce qui fait avancer, ou ce qui fait reculer, ce qui immobilise.
Quelles que soient nos erreurs, l'essentiel, c'est de chercher, de se mettre en marche, avec la foi et que la finalité soit comme pour les mages le fait d'offrir, de donner, que l'objectif soit la générosité et l'amour. Hors de cela, dans l'obéissance ou dans la désobéissance, dans le sens de tout le monde ou à contresens, il n'y a pas de vie, pas de lumière, pas de salut.
Le mérite des mages, c'est que leurs erreurs ont été pour eux des dynamismes, des façons de se mettre en marche, de sortir d'eux-mêmes, de leur égoïsme, pour aller vers l'autre, vers les autres pour donner.
Et puis, le but, ce n'est pas d'être dans une errance perpétuelle, mais de rentrer chaque fois chez soi par un autre chemin comme on fait les Mages. Ils ont découvert quelque chose, et en sont revenus transformés, différents, recréés. Eux qui cherchaient la lumière, ils vont la trouver au-delà de toute espérance.
Et ce sont ainsi ces mages qui ouvrent l'Évangile de Matthieu ils nous montrent un chemin plus qu'original qui est celui de la lumière authentique celle de l'amour.
Voilà ce que l’on peut tirer de ce texte de Matthieu qui leur consacre la moitié d’un chapitre, ce qui est beaucoup, et puis c’est la première chose qu’il nous dit concernant le Jésus qui vient de naître. La tradition chrétienne va même leur donner aussi une place considérable avec L’Épiphanie.
Mais ce qui est curieux, c’est que ces mages apparaissent au début de l’Évangile, ils adorent Jésus, puis ils repartent, rentrent chez eux, et on ne les revoit plus, il n’en est plus fait mention nulle part dans les Évangiles. C’est décevant, on présente habituellement les Mages comme des exemples, exemple de "semi-païens" qui découvrent Jésus et viennent l’adorer, on aurait voulu qu’ils soient bien exemplaires, que cette découverte change leur vie, qu’ils deviennent fidèles, qu’ils restent à la suite de Jésus, qu’ils le prêchent ensuite ; mais non, ils s’évaporent, on ne les voit plus, ils ne sont pas présents à la Croix, et n’ont aucun rôle apparemment dans l’Église naissante. Cela ne paraît pas tout à fait exemplaire, il faut bien le dire.
Donc si l’on veut s’en tenir au texte biblique, il faut bien admettre que les Mages sont simplement des gens des prêtres qui sont venus de loin, qui ont reconnu le Messie, l’ont adoré, puis sont repartis, il faut bien admettre que les Mages aient disparu bel et bien. Cela ne doit-il pas nous inviter à repenser notre conception de l’Église, de revoir ou remettre en question ce qu’est être fidèle et de la manière avec laquelle nous sommes invités à adorer Jésus. Premièrement ceci dit, je ne crois pas qu’ils soient repartis comme cela simplement chez eux, comme si de cela rien était. Matthieu nous dit « qu’ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin. » Donc il faut comprendre "que celui qui les avait amenés à Jésus". Matthieu parle du cheminement géographique certes, mais on est en droit après l'étude que nous venons de faire, de penser que cet "autre chemin" fut aussi spirituel. On est en droit de supposer que spirituellement ils ne suivaient plus la même route. Ils étaient en quelque sorte « réorientés ». En fait je crois et j’en suis convaincu que leur vie a changé ils rentrent chez eux certes mais avec Jésus en eux, avec la foi que pour l'être humain tout maintenant peut changer.
Les Mages, même s’ils ne sont croit-on nécessairement exemplaires, ne sont pas mauvais, et ils doivent nous rendre plus tolérants à l’égard d’une certaine catégorie de fidèles de passage dans nos églises. Nous connaissons tous, en effet dans nos églises des gens qui viennent, font une véritable démarche, découvrent Jésus-Christ, parfois demandent à être baptisés, s’engagent, et puis un jour ou l’autre disparaissent, s’évaporent en quelque sorte. Nous avons tendance à considérer que c’est un échec, pour eux, mais, après tout, peut-être pas. Ils sont comme les Mages, ils rentrent chez eux, « par un autre chemin », c’est-à-dire qu’ils ont reçu quelque chose, ils ont été transformés d’une certaine manière, et il n’y a pas nécessairement de trahison, d’échec ou de manquement. Chacun a sa route, chacun son chemin comme dit la chanson, et cette route peut passer un temps par une assemblée une église, puis ils la quittent ils s’en vont ailleurs et ce temps peut être une part importante de ce chemin sans nécessairement être tout le chemin de toute une vie.
Les Mages nous contraignent à élargir notre conception de l’Église, à voir qu’il n’y a pas qu’une manière d’être un « bon croyant », l’objectif n’est pas forcément que chacun soit toute sa vie collée à l’Église ou a Jésus Christ, ce peut être un passage. Tout ce que l’on peut souhaiter, c’est que ce passage soit positif, qu’il ne soit pas comme celui de Judas, et que ceux qui s’éloignent d’une église plus ou moins après y avoir été très investis puissent le faire sans culpabilité, sans sentiment d’échec ou d’abandon, mais avec reconnaissance. Après tout dans la vie de Jésus il n’y avait pas que des disciples suiveurs, vivant à ses côtés ; il y avait aussi certains qui vivaient chez eux comme Marie et Marthe et leur frère Lazare, d’autres dans l’ombre comme Nicodème ; ils ont fait un bout de chemin avec Jésus, c’est déjà pas mal, ce peut même être énorme, on peut croire que ceux qui ont fait cette découverte, même s’ils sont allés continuer leur chemin d’une autre manière ne seront plus les mêmes et ils sont encore d’une manière ou d’une autre avec Jésus qui ne l’a abandonné pas à leur sort. Croyez-vous que toute cette foule qui écoutait Jésus sur la montagne et qui pourtant après cela tous ces gens ne l'ont pas systématiquement suivit physiquement parlant. Pensez-vous qu'en reprenant le chemin qui les reconduisait chez eux, que spirituellement ils n'avaient pas changés, et que leur vie n'a pas changés ! À nous de faire en sorte que ce passage reste pour eux un bon souvenir, de quelque chose de fraternel, de positif d’ouvert, et qu’ils n’en partent pas comme s’ils se libéraient d’un carcan idéologique, ou d’une morale pesante, mais comme ayant accompli quelque chose d’important, et compris des réalités essentielles leur ayant ouvert des portes et des chemins nouveaux. Si c’est le contraire alors ce n’est pas eux, mais c’est nous qui avons échoué.
Le christianisme ne doit pas être une secte, les églises ne doivent pas être des sectes, on doit pouvoir y entrer et en sortir sans question, il n’y a pas de nécessité morale ou religieuse à y rentrer, comme d'y rester, comme enfermé toute sa vie, chacun doit être libre.
Et on peut aller plus loin, parce qu’il n’est pas seulement question de ceux qui feraient un passage unique par l’Église, mais ces Mages représentent chacun de nous qui passons notre temps à nous rapprocher de Jésus et à nous en éloigner, à aller à l’Église, et à revenir chez nous, ne serait-ce que pour notre vie de famille, notre travail etc.
Et donc les Mages ne nous montrent pas seulement que l’attitude du chrétien de passage n’est pas si grave que ça, mais ils nous disent comment nous devons être idéalement des disciples de Jésus, ils peuvent être précisément un modèle. Ils nous disent que le but du Christianisme n’est pas de rester tout le temps collé à l’adoration et la prosternation devant Jésus sans jamais le quitter, nous aurons l’éternité pour cela. De toute façon Jésus ne nous quittera pas. Le but, en soi ce n’est pas de quitter son monde de s’arracher à ce que l’on est pour ne vivre que pour Jésus, mais c’est d’accepter de se déplacer pour aller voir autre chose que l’on trouve en Jésus, se laisser dépayser par Jésus, cheminer vers lui, avec lui, pour revenir chez soi avec lui sans qu’il soit un fardeau mais que l’on soit transformé.
L’idéal de la vie religieuse d’après l’exemple des Mages n’est donc pas celui des moines dans un monastère qui n’ont plus de « chez eux » dans le monde, qui perdent même leur propre identité, mais le laïque qui le reste, et va régulièrement comme Jésus adorer Dieu, puis revient chez lui se donne à sa vie dans le monde. Le bon religieux, c’est la mère c’est le père qui s’occupe de sa famille, c’est celui qui s’engage pour une cause dans ce monde, c’est le travailleur qui doit vivre dans son milieu difficile et profane, mais se déplace de temps en temps pour aller à la rencontre de Dieu. Nous vivons tous dans des milieux qui ne sont pas toujours très chrétiens, il faut bien le dire, et nous avons des préoccupations profanes qui nous prennent beaucoup, cela n’est pas un péché, et il n’y a pas à y renoncer. Juste aller de temps en temps voir Dieu là où il est.
Les mages n’étaient pas des juifs ni des « chrétiens » pieux, et ce devrait être la devise de l’Église, malheureusement reprise par une chaîne de restauration rapide : « venez comme vous êtes ». Tout le monde est bienvenu, rien n’est un problème, et on ne demande à personne de se déguiser en « bon chrétien » ni en autre chose que ce qu’il est, ni d’avoir une autre vie que chacun a, juste de revisiter sa vie à la lumière de Jésus afin de l’habiter un peu différemment.
C’est d’ailleurs ainsi que Jésus s’est comporté dans tout l’Évangile, il n’a jamais refusé de manger avec les prostituées, les pécheurs, les péagers qui collaboraient avec les envahisseurs romains, ni même les pharisiens qu’il n’aimait pourtant pas beaucoup a priori. Mais chacun est invité à venir à Dieu, comme et avec Jésus, sans condition préalable, chacun est bienvenu quel qu’il soit, quelle que soit sa foi, ses doutes, sa non-foi, sa culture, son appartenance ou sa non-appartenance. Et toute Église qui se réclame du Dieu des Évangile, du Dieu de Jésus ne peut que faire de même, et accueillir tous ceux qui font la démarche de venir vers elle sans restriction, et sans question de savoir si la personne est réfugiée légale ou illégale, mariée, divorcée, homosexuelle ou non, baptisée rituellement dans une église ou une autre ou pas du tout !
Tout ce qui nous est demandé, dans notre vie profane, c’est de faire le plus souvent possible des visites à Dieu : un instant de prière dans la journée, un moment pour s’abstraire de son activité pour lire un passage de la Bible, pour méditer une lecture, ou une heure ou deux que l’on met à part pour venir à un culte. Et c’est ça le culte : chacun vient avec sa propre histoire qui lui appartient et que personne ne peut juger, et se pose une heure ou deux devant Dieu comme Jésus le faisait et savait le faire, puis repart chez soi, retrouve les siens, sa vie, ses devoirs ses problèmes, mais chacun revient « par un autre chemin ». Et c’est très bien comme ça, et c’est cela qui doit être une vie chrétienne.
Dieu ne nous demande pas de vivre enfermé dans des cloîtres ou des monastères, bien que je pense que ceux qui veulent et peuvent vivre ainsi que cela n’est pas un mal en soi, mais cela ne doit pas être un idéal, un exemple car ceux qui suivent ce chemin ne sont pas pour cela meilleurs chrétiens que les autres ils sont et restent tout aussi pécheurs.
Et puis ceux qui passent par l’Église, que ce soit pour un temps ou régulièrement, non seulement ce passage leur apporte quelque chose, et on peut espérer que dans tous les cas, ce soit bon pour eux, mais en plus ce temps de présence apporte quelque chose à l’Église elle-même. C’est le sens des cadeaux offerts par les Mages. On les interprète généralement comme vus du côté de ceux qui offrent, pour dire qu’il est bon de donner, certes, mais on peut aussi lire le texte dans l’autre sens : les Mages ont apporté quelque chose à Jésus, ils lui ont donné des présents bien précieux qu’il n’aurait pas eus si non. Et on est en droit de penser que cet or, ces produits précieux ont permis à Joseph et Marie et Jésus de survivre et se cacher en Égypte. Et donc tous ceux qui viennent dans l’Église, pour un temps court ou long, répété ou non contribuent à la vie de l’Église et donnent beaucoup.
D’abord avec l’or, c’est la contribution matérielle qui permet à l’Église de vivre. Tout don même ponctuel est essentiel, et c’est l’ensemble des dons qui fait l’Église.
Ensuite avec l’encens, puisque cela représente la prière dans l’Ancien Testament : prière qui monte à Dieu comme l’encens (PS 141 : 2). Et il est vrai que tous ceux qui s’assemblent dans l’Église l’enrichissent de leur prière tout le temps qu’ils y sont. C’est la communion des saints. Et à un instant donné, la prière de l’Église se constitue par la communion de ceux qui s’y trouvent et partagent quelque chose du plus profond d’eux-mêmes.
Et enfin avec la myrrhe utilisée pour embaumer les corps. Nicodème en prend pour préparer le corps de Jésus (Jean 19 h 39). Et le corps spirituel de Jésus, c’est son Église (Gal. 1 h 24). Et tous ceux qui sont à un moment donné dans l’Église constituent l’Église, et participent au dont de Dieu et à son œuvre de création, à l’Amour de Dieu.
Chacun donc apporte à l’Église et la constitue même selon ses moyens, selon son histoire et son propre parcours sans que personne ne puisse dire quel devrait être le parcours idéal. L’Église est simplement faite de ceux qui s’y trouvent, que ce soit pour un temps pour beaucoup, pour voir, ou pour y demeurer. Et chacun apporte quelque chose.
Et comme les Mages, chaque fois que nous donnons à Jésus, ou que nous contribuons à constituer l’Église en étant une pierre vivante, nous repartons chez nous un peu moins riches matériellement, mais riches d’une rencontre, d’un cheminement fait qui change notre manière de marcher dans la vie et nous permet même de revisiter notre propre vie pour la vivre différemment. « Vous amassez ainsi des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Matthieu 6; 19,24)
Et nous sommes tous comme les Mages, des voyageurs, invités à quêter, à chercher, à ouvrir nos yeux, à rencontrer Dieu au travers Jésus, puis à revenir chez nous. Et ce nouveau chemin devient un chemin de lumière, de foi et d’espérance, de liberté et de joie, et il fait de nous des prêtres des sacrificateurs pour Dieu, et des rois.
Dans ce chapitre, nous évoquons la visite des "Rois mages" à Jésus que l'on nomme communément L’Épiphanie. Que pouvons nous retirer de ce texte de Matthieu ! Quel enseignement, quel message Matthieu a-t-il bien voulu nous transmettre au travers de ce récit, qui rappelle plus un conte des mil et une nuits, qu'un récit d’Évangile. Nous connaissons tous ce récit, ou du moins, nous pensons tous le connaître. Car, à l'image de ces chansons populaires qu'elles soient celles de David Alexandre Winter chanté sur un Thème musical de l'Arlésienne de Georges Bizet, ou de celle parlant des « Rois mages, en Galilée, qui suivaient l'étoile du berger, » bien que les mages n'aient aucune raison d'avoir traversé la Galilée, qui est située bien plus au nord de Bethléem en Judée (au-delà de la Samarie). Nous colportons malgré nous et sans s'en rendre compte un nombre incroyable d'idées reçues qui n'ont rien à voir avec le texte biblique.
Ainsi, Matthieu ne nous indique même pas leur nombre. Il n'affirme pas non plus qu'ils étaient Rois, ni même qu'ils portaient chacun un cadeau. Matthieu ne précise pas plus qu'ils se nommaient Melchior, Gaspard et Balthazar, ni que l'étoile qu'ils suivaient était effectivement l'étoile du berger. Donc pour bien comprendre l’enseignement que veut nous transmettre Matthieu et en retirer quelque chose d'utile à notre spiritualité, il faut revenir à ce que dit vraiment le texte au sujet de ces hommes venus d'Orient afin de dégager le sens théologique que nous pouvons donner de ce passage.
Au premier verset, Matthieu nous dit simplement : « des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem ». La première question à se poser est il me semble ; Qui sont ces mages ?
Nous savons qu'ils viennent d'Orient c’est-à-dire à l'orient de la Palestine. Donc la réponse la plus probable est qu'il s'agit de prêtres Perses, et donc plus précisément, de disciples de Zarathustra. En Mésopotamie, depuis plusieurs siècles déjà, on adore le dieu Ahura-Mazda, et Zarathustra, dont le nom signifie à la fois « l'homme aux vieux chameaux » et « astre doré » (tiens, tiens !), car uštra devenu ashtar en vieux perse et shotor en persan (chameau) pourrait signifier en même temps l'astre (en français), star en anglais, stella en latin et sétaré en persan actuel, et το αστ?ρι (to astéri) en grec.
La relation pouvait venir du voyage de l'astre dans le ciel, en comparaison de celui du chameau sur la terre comme seul moyen de déplacement et de voyage de cette époque. Ainsi, la composition zaraϑ = or et uštra = astre, pouvait donner « astre doré », et en même temps le « chameau doré » c’est-à-dire un vieux chameau à en croire les traducteurs.
Toujours est-il que ce Zarathustra est à l'origine d'une réforme de cette religion monothéiste le mazdéisme qui va mettre de manière prononcée l'accent sur la lumière. On connaît bien cette religion dont on a encore les textes, notamment l'Avesta qui contient 17 Gathas ou hymnes sacrés. Et justement, il en est un qui dit : « La meilleure vie appartient à celui qui va vers la lumière et qui la partage avec d'autres » (Gathas, VIII,2). Ainsi, une fois par an, des prêtres, qui étaient par ailleurs astrologues, se rendaient sur une haute montagne pour observer les étoiles et voir s'il n’y aurait pas un signe indiquant l'accomplissement de toutes les espérances humaines. Et chose curieuse, ils y allaient au nombre de 12, un prêtre pour chaque signe du zodiaque. (Mot qui vient de la pratique de cette religion) 12 comme les 12 tribus d'Israël, 12 comme les 12 apôtres de Jésus.
Pourquoi une telle similitude ?
Lorsque Cyrus le Grand, roi des Perses prit Babylone au 6ème siècle av. J.-C., c’est lui, qui permit au peuple hébreu en exil de retourner en Israël et de reconstruire le Temple. Les historiens s'accordent même pour évoquer l'influence notable qu'aurait eue le judaïsme des juifs déportés à Babylone sur certaines pratiques religieuses mésopotamiennes et vice-versa.
En fait les mages et ceux qui pratiquaient le zoroastrisme, n’étaient pas des personnes comme les romains ou les Grecs en ce qui concerne leur pratique religieuse. Ils étaient contrairement aux peuples antiques mis à part les Hébreux, profondément monothéistes. Le zoroastrisme, ou mazdéisme est une religion iranienne qui doit son nom à son dieu principal, Ahura Mazda. Le livre sacré du mazdéisme est l'Avesta. Le zoroastrisme, du nom de Zoroastre/Zarathoustra, est une réforme du mazdéisme. Le zoroastrisme est donc la forme monothéiste sous laquelle s'est répandue cette religion, qui existe toujours.
Leur dieu Ahura Mazdâ est seul responsable de l'ordonnancement du chaos initial, le créateur du ciel et de la Terre. Les zoroastriens, respectent le feu comme symbole divin. Zoroastre prêchait un dualisme reposant sur le combat entre le Bien et le Mal, la Lumière et les ténèbres, dualisme présent dans l'islam chiite duodécimain. Le principe de Zoroastre est qu'il existe un esprit saint (Spenta Mainyu), qui est le fils d'Ahuras Mazd?, et un esprit mauvais (Angra Mainyu), son jumeau, tous deux opposés car représentant le jour et la nuit, la vie et la mort, le bien et le mal, et ces deux esprits coexistent en s’incarnant dans chacun des êtres vivants.
Donc ces mages monothéistes cherchaient la lumière, le bien, qui est pour eux l’esprit saint qui est le fils de leur dieu Ahura Mazdä, ils recherchent le fils de Dieu Spenta Mainyu incarné seul « sans dualité » en un homme, et c’est cet homme qui devra régner dans son royaume terrestre et céleste. Donc le signe qu’ils cherchent dans le ciel c’est cette union entre le terrestre et le céleste et qui doit annoncer la naissance d’un enfant destiné à être roi et qui sera l’incarnation du bien soit Spenta Mainyu, et devant soumettre le mal.
Nietzsche écrivit une parodie du personnage de Zoroastre, au travers sont œuvre "Ainsi parlait Zarathoustra" qui inspira Richard Strauss pour la composition d'un poème symphonique en 1896, ainsi que Gustav Mahler dans le quatrième mouvement de sa Troisième Symphonie. Nietzsche l'associait au manichéisme. Zoroastre aurait, selon lui, inventé le dualisme moral, sous la forme de la Daeva l'esprit maléfique (les forces naturelles) et de l'Ahuras (la raison, le "bien" et le "mal", la morale). C'est ce dualisme que Nietzsche se proposait d'abolir « par-delà le bien et le mal ».
On retrouve ce dualisme de lutte permanente entre les forces du bien (Dieu) et celle du mal (Satan ou le Malin) dans la pensée, ou théologie, de certains courants chrétiens, judaïque, et de l'islam.
Mais nous parlerons le moment venu de tout cela dans un autre chapitre. (Ceci était donc une parenthèse)
Donc le récit des mages « rois » qui est habituellement, interprété comme montrant l'hommage des païens à Jésus, et que même les autres religions reconnaissent et adorent Jésus, et aussi Jésus accomplit l'espérance, de toutes les religions, il est la réponse universelle à la quête de l'homme, n’est pas tout à fait exact. Je pense que cela va bien plus loin que cela. Pourquoi !
Ces mages arrivent à Jésus, c'est vrai, mais on peut s'étonner que ce soit par un chemin aussi détourné. Ils n'y arrivent pas par « nos écritures » c’est-à-dire grâce aux textes Bibliques, ou la Thora juive, mais par les leurs, l'Avesta, et tout simplement en suivant une étoile, se déplaçant non pas dans le ciel comme ont l'a souvent dit, mais dans les constellations des signes zodiacaux. Mais en fin de compte l’étoile ne les a pas conduits à Jésus, directement, ils ne savaient pas du tout où aller, ils ont dû passer par Jérusalem, et demander aux prêtres et ce sont eux qui leur ont indiqué l'endroit en interprétant une prophétie de Michée.
Mais en regardant ce récit de plus près, on ressort de nombreuses bizarreries dans la démarche de ces premiers adorateurs.
La première bizarrerie, c'est qu'ils étaient astrologues. Or dans la Bible, l'astrologie est extrêmement mal vue, c'est considéré comme une idolâtrie et plus encore comme une abomination aux yeux de l'Éternel. Il est donc curieux, que le premier exemple d'adorateurs, après les bergers de Bethlehem, les premiers religieux à découvrir Jésus, soient en fait des « hérétiques », alors que les bons croyants juifs, les théologiens juifs professionnels, ceux, qui connaissaient les Écritures ; ceux même qui pratiquaient bien comme il faut, qui suivaient la Thora, et qui savaient même où devait naître le Messie, eux qui savaient toutes ces choses, ceux-là, ne se j'oignent pas à eux pour le rencontrer. Le texte de Matthieu ne nous suggérait-il pas qu'il faut être au départ un peu hérétique pour bien s'approcher et suivre Jésus ? En quoi cela serait-il étonnant après tout, dans l'Évangile, Jésus dira que souvent les pécheurs et les prostituées sont plus proches du Royaume de Dieu que les pharisiens des professionnels de la religion, des bonnes œuvres et de la bonne doctrine.
Ceci dit, l'hérésie, pas plus que le péché n'est une valeur en soi. Pour ces mages ce qu'il y a de positif dans leur hérésie, c'est qu'elle les a amenés à se mettre en marche, à chercher, à cheminer selon leur propre foi « chercher et vous trouverez » à dit Jésus. On peut tirer ici un parallèle avec Saint Augustin qui avant de découvrir le Christianisme suivait les voies du manichéisme, et c’est justement l’étude critique de cette hérésie qui le fit entreprendre sa propre recherche et découvrir le christianisme.
En fait nos erreurs ne sont mauvaises que quand elles nous immobilisent, qu’elles nous empêchent de nous mettre à la recherche de Jésus. Or il faut savoir que parfois, nos vertus même peuvent nous immobiliser, nous empêcher d'accueillir la nouveauté comme ces scribes de Jérusalem.
Il n'y a que deux catégories de gens qui ne peuvent rien trouver dans la spiritualité : les sceptiques ceux qui pensent qu'il n'y a tout simplement rien à trouver, et donc ne chercheront pas, et à l'opposé ce sont les dogmatiques, qui eux, sont si sûrs d’eux-mêmes, qu'ils pensent avoir déjà tout trouvé, et donc qu’il n’y a plus rien à trouver, et n'entameront eux non plus aucune autre recherche. Le pécheur, l'hérétique, celui qui se sait pauvre en esprit, celui qui a faim, qui a soif, qui pleure, bref tous ces gens à qui Jésus s’adresse dans son sermon sur la montagne, eux, ils ont des chances de chercher, de quêter, d'avancer, ils veulent du neuf, de l'inattendu, ils veulent trouver.
Le propre de la création, et donc de l'action de Dieu, c'est qu'un instant ne peut se déduire du précédent, il y a sans cesse des explosions de nouveauté, des émergences de vie. Pour accueillir le plan de Dieu, il faut donc être prêt à tout et fondamentalement disponible. Pour découvrir la vie, il faut être prêt à sortir du chemin qu'on se planifiait, et des interprétations littérales des textes sacrés, sortir des dogmes, que l’on se fabrique ou que l’on nous a fabriqué bref il faut parfois savoir se perdre, se désorienter.
Les mages, eux, vont être prêts à trouver Jésus ailleurs que là où ils penseraient qu'il devait être. Il ne sera pas dans la ville royale de Jérusalem, mais à Bethléem, petite bourgade provinciale, il ne sera pas dans un palais, mais dans une humble famille de charpentier. Ils sont prêts à tout, prêts à se laisser déranger dans leurs certitudes de départ, leur conception des choses, leurs habitudes, les enseignements qu'ils ont pu recevoir. Ils vont chercher ailleurs, loin des sentiers battus, ce que ne savaient plus faire les scribes et les pharisiens.
Il faut, comme les mages, avoir le courage de tâtonner, de se perdre, de rebrousser chemin, de ne pas arriver du premier coup, et de continuer sa quête. Il faut avoir le courage d'avancer sans certitude, de marcher dans la nuit. Avec, si tout de même, une seule certitude : il y a quelque chose à trouver dans cette nuit, il y a quelque chose à trouver dans les ténèbres ; et c’est son contraire qui est la lumière.
On trouve une autre bizarrerie de taille dans la démarche des mages : en effet leur religion enseigne que « La meilleure vie appartient à celui qui va vers la lumière et qui la partage avec d'autres » or ils viennent de l'Orient, ce mot vient d’« or » en hébreu qui signifie « la lumière », et qui a donné aussi le terme « orienter » qui signifie se tourner vers l'orient, ou se tourner vers la lumière, comme dans les cartes dans l’antiquité et au Moyen Âge, mettre l'est en haut (et non le Nord). Il est normal en effet de se tourner vers l'est, vers le soleil levant, c'est de là que vient la lumière, et c'est très bien de se tourner vers la lumière, c'est normal, c'est l'attitude habituelle. Même nos églises sont normalement tournées vers l'est. Mais là, les mages, font tout à l'envers, ils « viennent de l'Orient », donc ils y tournent le dos à cet Orient, ils tournent le dos à la lumière, ils se désorientent.
Mais justement, il faut savoir chercher là où l'on n'attend pas, ailleurs que dans l'évidence. Tout le monde cherche la lumière, les gens ordinaires se tournent vers ce qui brille, l'or, la facilité. Les mages, eux, vont tourner le dos à ça, et chercher dans l'ombre. Ils vont vers l'ombre pour chercher la lumière. Les trésors terrestres ne sont que des miroirs aux alouettes. Ce vers quoi nous courrons, ce qui nous obnubile, en fait nous attire dans la mauvaise direction, nous sommes comme les papillons de nuit qui se précipitent sur la première lumière vulgaire venue pour s'y brûler les ailes. Les motivations terrestres, ne sont d'aucun secours pour la recherche de l'essentiel. Le Soleil « tourne, » on ne peut pas s'orienter par rapport au Soleil, ce n'est qu'une lumière brutale qui éblouit et qui désoriente.
Il faut savoir chercher l'ombre pour trouver la vraie lumière, aller vers le silence pour entendre une parole authentique. Il faut savoir aller à contresens de tout le monde. Tout le monde dit : l'est c'est ce qui est devant, mais eux vont en arrière, ont le courage d'avoir leur propre chemin, et d'aller ailleurs. Ils ont suivi une étoile ou du moins ils se sont « orientés » vers une étoile, qui brillait peut-être moins, mais qui brillait « nuit et jour », et l'autre miracle selon les pères de l'Église, c'est qu'elle indiquait toujours la même direction contrairement aux autres astres qui tournent. Ils ont eu le courage de faire autrement que tout le monde. Illustrant ce que seront les propos de Paul : « ne vous conformez pas au monde présent mais soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence… »
Maintenant que nous avons fait connaissance de ces prêtres mages, voyons ce que Matthieu veut nous enseigner d’autre avec ce récit qu'il est le seul, rappelons-le, à nous transmettre. Lorsque j'ai étudié ce texte, que nous lisons souvent hélas trop vite, sans trop bien comprendre reconnaissons-le, il y a quelque chose qui m'a frappé en plus de ce qui vient d’être dit, mais qui n’est en fait que la complémentarité spirituelle : c'est là que nous sommes en présence dans ces versets de deux mondes parallèles. Il y a d'un côté, des mages qui tournent à contresens, ils interrogent d’autres prêtres qui attribuent un sens à un verset de Michée. Il y a un palais à Jérusalem avec Hérode, le Roi des Juifs, nommé par des païens à Rome, et sa cour (on devine ou imagine que celle-ci se prosterne devant lui pour recevoir), et autour de lui, les prêtres et les scribes, le pouvoir religieux juif, qui est censé être les représentants du peuple de Dieu. D’autre part le nom de Jérusalem se réfère au culte du dieu des Cananéens, Shalem qui était un dieu populaire dans le panthéon ouest sémitique, (donc d’occident), divinité de la création, de l'exhaustivité, et du soleil couchant. Comme la première syllabe de Jérusalem vient de uru, qui signifie « fondation » ou « ville fondée par », le sens du nom primitif est donc « fondée par Shalem », ou « sous la protection de Shalem ». En s’adressant aux prêtres de Jérusalem on voit que nos prêtres mages étaient désorientés c’est le cas de le dire.
Et puis, de l'autre côté, il y a dans le village de Bethlehem « la maison du pain » comme l’autre Jérusalem ? La cité de David, Jésus que nos mages « prêtres » appellent « Roi des Juifs », sa maison à Bethlehem (le texte grec utilise chicos voir Matthieu, 11 soit le même terme qui est utilisé pour parler du palais d'Hérode). Et autour de lui, nos fameux « mages » ou prêtres perses. Le Roi des juifs dans sa maison et les prêtres d'un côté, le Roi des juifs dans sa maison et les prêtres de l'autre. Deux royaumes parallèles coexistent dans le récit de Matthieu.
Mais Hérode ne perçoit pas cela comme un monde ou un royaume parallèle, ou spirituel, il perçoit cela comme un monde ou royaume concurrent, un royaume qui veut le renverser, lui que les Romains des païens ont mis en place et qu’il représente. Un monde qu'il veut vaincre par l'épée pour sauver le sien. Jésus et les mages sont-ils un pouvoir concurrent ? Hérode a-t-il raison de se sentir menacé ? Ce que Matthieu veut nous enseigner ici, c'est plutôt une série de gestes, et de symboles qui disent : il y a pour chacun d’entre nous une alternative, à notre orientation à prendre, le monde pourrait fonctionner différemment. Et les mages nous enseignent que « La meilleure vie appartient à celui qui va vers la lumière » mais cette lumière dans ce monde parallèle ou alternatif bref « spirituel » ne vient pas forcément d’Orient. Il ne s'agit pas ici d'un pouvoir concurrent mais d'un pouvoir alternatif. Adoré et servir un roi ou prince ou puissant tout ce que vous voudrez de ce monde, de fondation païenne, à Jérusalem, à Rome ou, où vous voulez, ou adoré et servir le fils de Dieu dans la nouvelle Jérusalem.
En quoi le monde inauguré par Jésus serait-il différent ?
Encore une fois, Matthieu répond par allusions : il met dans la bouche du clergé d'Hérode une citation issue de l'Ancien Testament :
Et toi, Bethléem Ephrata, toi qui es petite parmi les fratries de Juda, de toi sortira pour moi…
Celui qui dominera sur Israël ; Lorsque l'Assyrien viendra dans notre pays Et qu'il pénétrera dans nos palais, nous dresserons contre lui sept bergers, huit princes du peuple.
Or il s'agit, en fait, d'une citation de Michée 5 h 2 « Et toi, Bethléem Ephrata, toi qui es petite parmi les fratries de Juda », ce qui est juste le contraire. Ils vont donc trouver où chercher leur " roi des juifs", Jésus par une erreur de traduction, ou une erreur d'interprétation d'un texte biblique. Cela peut être très rassurant, pour nous, les erreurs d’interprétations bibliques peuvent être aussi porteuses de sens, et il n'y a pas à s'angoisser sur le fait que l'on ait ou non la « juste » interprétation ou la bonne traduction de l'Écriture. L'Écriture est généreuse, et même à travers nos erreurs, nos imprécisions, elle peut être créatrice.
La question n'est donc pas, pour trouver la vérité, de rester sous un dogme, dans un chemin balisé, de suivre une piste sans sortir ni à gauche ni à droite, au contraire, dans notre recherche de Jésus Christ il faut savoir flâner, zigzaguer, comme la brebis dans ses pâturages. Les mages vont trouver Jésus grâce à une religion et une pratique spirituelle erronée, basée sur une fausse conception d'une lutte du bien contre le mal, et à des fausses interprétations, des mauvaises traductions, et des erreurs de théologie. Ils vont trouver par des fausses pistes dogmatiques et humaines, car se qui les orientait c’était cette étoile qui est leur désirent de trouver le « roi du bien », le « fils de lumière » cette étoile « spirituelle » qui les guidait c’était leur foi dans le bon, dans le bien. Pour Matthieu l’étoile est donc un symbole celui de la foi.
Pour revenir au passage de Michée, qu'en Michée écrit ceci, la menace assyrienne est une réalité. Puis, ce seront les Syriens, les Grecs et à l'époque de Jésus, les Romains. La question du rapport avec les pays voisins, est souvent perçue avec raison comme une menace la question est ainsi centrale en Israël. Le Roi Hérode, en citant Michée, souscrit à cette vision guerrière de la relation à l'étranger. En notre temps encore l'étranger fait peur à beaucoup, nous pouvons donc nous inspirer fortement de ce texte qui a beaucoup à nous apprendre sur notre façon de nous comporter vis-à-vis des étrangers. Or, les mages contredisent cette attitude : alors que jusque-là, les élites du pays étaient déportées, là, ce sont des élites étrangères, les mages, qui viennent en Israël. Alors que l'arrivée des puissances étrangères était signe de domination, là, ces prêtres, non seulement viennent en paix mais viennent adorer le Roi des juifs. Alors que d'habitude, les richesses d'Israël étaient pillées par les étrangers, là, les étrangers offrent des richesses à Israël. Le pouvoir jusque-là temporel du Roi Hérode à Jérusalem est désormais spirituel avec les mages. Il est de l'ordre du changement de regard sur le monde et sur ce qui est important dans le monde : l'amour, le plus subversif des pouvoirs, doit désormais être au cœur de nos relations à l'autre, que l'on soit enfant juif ou mage perse, blanc ou noir, riche ou pauvre, chrétien ou musulman.
Car, finalement, ces hommes qui cheminent vers Jésus en demandant : Où es-tu fils de Dieu ? Cela nous ressemble beaucoup. Ils ont choisi de faire confiance à la faiblesse et à la fragilité, ils ont reconnu comme Roi un bébé pauvre, né dans une étable, ils ont reconnu Jésus comme le bien, le bon incarné, et se prosternent dans la Nouvelle Jérusalem, la Maison du Pain « de vie ».
Et cette liberté par rapport aux autres va très loin pour les mages le roi leur donnera un ordre : « quand vous l'aurez trouvé, venez me dire où est le petit enfant ». Et ils vont désobéir au roi au pouvoir terrestre pour obéir à un songe divin. Voilà qui est incroyablement révolutionnaire : Jésus aura la vie sauve grâce à une désobéissance, une insoumission au pouvoir terrestre. Trop souvent on a valorisé l'obéissance au pouvoir en place, surtout en interprétant les textes de l'Apôtre Paul. En fait, la désobéissance et l'insoumission au pouvoir des « pouvoirs terrestres » sont parfois des choses essentielles même indispensables pour accéder à la vérité. Et ce n'est pas la première fois dans l'Écriture, Moïse devra aussi sa survie à la désobéissance de deux sages-femmes : Schiphra et Pua, Le pharaon avait exigé qu'on tue tout garçon naissant, elles ne l'ont pas fait et ont trouvé une fausse excuse. La tradition juive dit qu'on a gardé leur nom parce qu'elles avaient fait une chose extraordinaire. Or justement, elles ont désobéi au Pharaon, au pouvoir terrestre, et elles lui ont menti. Ici on retrouve une allégorie entre les mages du Nouveau Testament et les sages-femmes, de l’Ancien Testament, entre Moïse et Jésus.
Mais donner une place à la désobéissance, ce n'est pas prêcher l'anarchie. L'égarement, la désobéissance, les erreurs ne sont pas forcément créatrices. Elles peuvent être destructrices aussi c'est vrai, mais en tout cas rien ne peut se passer sans elles.
Le bon critère, c'est de voir ce qui met en marche, ce qui fait avancer, ou ce qui fait reculer, ce qui immobilise.
Quelles que soient nos erreurs, l'essentiel, c'est de chercher, de se mettre en marche, avec la foi et que la finalité soit comme pour les mages le fait d'offrir, de donner, que l'objectif soit la générosité et l'amour. Hors de cela, dans l'obéissance ou dans la désobéissance, dans le sens de tout le monde ou à contresens, il n'y a pas de vie, pas de lumière, pas de salut.
Le mérite des mages, c'est que leurs erreurs ont été pour eux des dynamismes, des façons de se mettre en marche, de sortir d'eux-mêmes, de leur égoïsme, pour aller vers l'autre, vers les autres pour donner.
Et puis, le but, ce n'est pas d'être dans une errance perpétuelle, mais de rentrer chaque fois chez soi par un autre chemin comme on fait les Mages. Ils ont découvert quelque chose, et en sont revenus transformés, différents, recréés. Eux qui cherchaient la lumière, ils vont la trouver au-delà de toute espérance.
Et ce sont ainsi ces mages qui ouvrent l'Évangile de Matthieu ils nous montrent un chemin plus qu'original qui est celui de la lumière authentique celle de l'amour.
Voilà ce que l’on peut tirer de ce texte de Matthieu qui leur consacre la moitié d’un chapitre, ce qui est beaucoup, et puis c’est la première chose qu’il nous dit concernant le Jésus qui vient de naître. La tradition chrétienne va même leur donner aussi une place considérable avec L’Épiphanie.
Mais ce qui est curieux, c’est que ces mages apparaissent au début de l’Évangile, ils adorent Jésus, puis ils repartent, rentrent chez eux, et on ne les revoit plus, il n’en est plus fait mention nulle part dans les Évangiles. C’est décevant, on présente habituellement les Mages comme des exemples, exemple de "semi-païens" qui découvrent Jésus et viennent l’adorer, on aurait voulu qu’ils soient bien exemplaires, que cette découverte change leur vie, qu’ils deviennent fidèles, qu’ils restent à la suite de Jésus, qu’ils le prêchent ensuite ; mais non, ils s’évaporent, on ne les voit plus, ils ne sont pas présents à la Croix, et n’ont aucun rôle apparemment dans l’Église naissante. Cela ne paraît pas tout à fait exemplaire, il faut bien le dire.
Donc si l’on veut s’en tenir au texte biblique, il faut bien admettre que les Mages sont simplement des gens des prêtres qui sont venus de loin, qui ont reconnu le Messie, l’ont adoré, puis sont repartis, il faut bien admettre que les Mages aient disparu bel et bien. Cela ne doit-il pas nous inviter à repenser notre conception de l’Église, de revoir ou remettre en question ce qu’est être fidèle et de la manière avec laquelle nous sommes invités à adorer Jésus. Premièrement ceci dit, je ne crois pas qu’ils soient repartis comme cela simplement chez eux, comme si de cela rien était. Matthieu nous dit « qu’ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin. » Donc il faut comprendre "que celui qui les avait amenés à Jésus". Matthieu parle du cheminement géographique certes, mais on est en droit après l'étude que nous venons de faire, de penser que cet "autre chemin" fut aussi spirituel. On est en droit de supposer que spirituellement ils ne suivaient plus la même route. Ils étaient en quelque sorte « réorientés ». En fait je crois et j’en suis convaincu que leur vie a changé ils rentrent chez eux certes mais avec Jésus en eux, avec la foi que pour l'être humain tout maintenant peut changer.
Les Mages, même s’ils ne sont croit-on nécessairement exemplaires, ne sont pas mauvais, et ils doivent nous rendre plus tolérants à l’égard d’une certaine catégorie de fidèles de passage dans nos églises. Nous connaissons tous, en effet dans nos églises des gens qui viennent, font une véritable démarche, découvrent Jésus-Christ, parfois demandent à être baptisés, s’engagent, et puis un jour ou l’autre disparaissent, s’évaporent en quelque sorte. Nous avons tendance à considérer que c’est un échec, pour eux, mais, après tout, peut-être pas. Ils sont comme les Mages, ils rentrent chez eux, « par un autre chemin », c’est-à-dire qu’ils ont reçu quelque chose, ils ont été transformés d’une certaine manière, et il n’y a pas nécessairement de trahison, d’échec ou de manquement. Chacun a sa route, chacun son chemin comme dit la chanson, et cette route peut passer un temps par une assemblée une église, puis ils la quittent ils s’en vont ailleurs et ce temps peut être une part importante de ce chemin sans nécessairement être tout le chemin de toute une vie.
Les Mages nous contraignent à élargir notre conception de l’Église, à voir qu’il n’y a pas qu’une manière d’être un « bon croyant », l’objectif n’est pas forcément que chacun soit toute sa vie collée à l’Église ou a Jésus Christ, ce peut être un passage. Tout ce que l’on peut souhaiter, c’est que ce passage soit positif, qu’il ne soit pas comme celui de Judas, et que ceux qui s’éloignent d’une église plus ou moins après y avoir été très investis puissent le faire sans culpabilité, sans sentiment d’échec ou d’abandon, mais avec reconnaissance. Après tout dans la vie de Jésus il n’y avait pas que des disciples suiveurs, vivant à ses côtés ; il y avait aussi certains qui vivaient chez eux comme Marie et Marthe et leur frère Lazare, d’autres dans l’ombre comme Nicodème ; ils ont fait un bout de chemin avec Jésus, c’est déjà pas mal, ce peut même être énorme, on peut croire que ceux qui ont fait cette découverte, même s’ils sont allés continuer leur chemin d’une autre manière ne seront plus les mêmes et ils sont encore d’une manière ou d’une autre avec Jésus qui ne l’a abandonné pas à leur sort. Croyez-vous que toute cette foule qui écoutait Jésus sur la montagne et qui pourtant après cela tous ces gens ne l'ont pas systématiquement suivit physiquement parlant. Pensez-vous qu'en reprenant le chemin qui les reconduisait chez eux, que spirituellement ils n'avaient pas changés, et que leur vie n'a pas changés ! À nous de faire en sorte que ce passage reste pour eux un bon souvenir, de quelque chose de fraternel, de positif d’ouvert, et qu’ils n’en partent pas comme s’ils se libéraient d’un carcan idéologique, ou d’une morale pesante, mais comme ayant accompli quelque chose d’important, et compris des réalités essentielles leur ayant ouvert des portes et des chemins nouveaux. Si c’est le contraire alors ce n’est pas eux, mais c’est nous qui avons échoué.
Le christianisme ne doit pas être une secte, les églises ne doivent pas être des sectes, on doit pouvoir y entrer et en sortir sans question, il n’y a pas de nécessité morale ou religieuse à y rentrer, comme d'y rester, comme enfermé toute sa vie, chacun doit être libre.
Et on peut aller plus loin, parce qu’il n’est pas seulement question de ceux qui feraient un passage unique par l’Église, mais ces Mages représentent chacun de nous qui passons notre temps à nous rapprocher de Jésus et à nous en éloigner, à aller à l’Église, et à revenir chez nous, ne serait-ce que pour notre vie de famille, notre travail etc.
Et donc les Mages ne nous montrent pas seulement que l’attitude du chrétien de passage n’est pas si grave que ça, mais ils nous disent comment nous devons être idéalement des disciples de Jésus, ils peuvent être précisément un modèle. Ils nous disent que le but du Christianisme n’est pas de rester tout le temps collé à l’adoration et la prosternation devant Jésus sans jamais le quitter, nous aurons l’éternité pour cela. De toute façon Jésus ne nous quittera pas. Le but, en soi ce n’est pas de quitter son monde de s’arracher à ce que l’on est pour ne vivre que pour Jésus, mais c’est d’accepter de se déplacer pour aller voir autre chose que l’on trouve en Jésus, se laisser dépayser par Jésus, cheminer vers lui, avec lui, pour revenir chez soi avec lui sans qu’il soit un fardeau mais que l’on soit transformé.
L’idéal de la vie religieuse d’après l’exemple des Mages n’est donc pas celui des moines dans un monastère qui n’ont plus de « chez eux » dans le monde, qui perdent même leur propre identité, mais le laïque qui le reste, et va régulièrement comme Jésus adorer Dieu, puis revient chez lui se donne à sa vie dans le monde. Le bon religieux, c’est la mère c’est le père qui s’occupe de sa famille, c’est celui qui s’engage pour une cause dans ce monde, c’est le travailleur qui doit vivre dans son milieu difficile et profane, mais se déplace de temps en temps pour aller à la rencontre de Dieu. Nous vivons tous dans des milieux qui ne sont pas toujours très chrétiens, il faut bien le dire, et nous avons des préoccupations profanes qui nous prennent beaucoup, cela n’est pas un péché, et il n’y a pas à y renoncer. Juste aller de temps en temps voir Dieu là où il est.
Les mages n’étaient pas des juifs ni des « chrétiens » pieux, et ce devrait être la devise de l’Église, malheureusement reprise par une chaîne de restauration rapide : « venez comme vous êtes ». Tout le monde est bienvenu, rien n’est un problème, et on ne demande à personne de se déguiser en « bon chrétien » ni en autre chose que ce qu’il est, ni d’avoir une autre vie que chacun a, juste de revisiter sa vie à la lumière de Jésus afin de l’habiter un peu différemment.
C’est d’ailleurs ainsi que Jésus s’est comporté dans tout l’Évangile, il n’a jamais refusé de manger avec les prostituées, les pécheurs, les péagers qui collaboraient avec les envahisseurs romains, ni même les pharisiens qu’il n’aimait pourtant pas beaucoup a priori. Mais chacun est invité à venir à Dieu, comme et avec Jésus, sans condition préalable, chacun est bienvenu quel qu’il soit, quelle que soit sa foi, ses doutes, sa non-foi, sa culture, son appartenance ou sa non-appartenance. Et toute Église qui se réclame du Dieu des Évangile, du Dieu de Jésus ne peut que faire de même, et accueillir tous ceux qui font la démarche de venir vers elle sans restriction, et sans question de savoir si la personne est réfugiée légale ou illégale, mariée, divorcée, homosexuelle ou non, baptisée rituellement dans une église ou une autre ou pas du tout !
Tout ce qui nous est demandé, dans notre vie profane, c’est de faire le plus souvent possible des visites à Dieu : un instant de prière dans la journée, un moment pour s’abstraire de son activité pour lire un passage de la Bible, pour méditer une lecture, ou une heure ou deux que l’on met à part pour venir à un culte. Et c’est ça le culte : chacun vient avec sa propre histoire qui lui appartient et que personne ne peut juger, et se pose une heure ou deux devant Dieu comme Jésus le faisait et savait le faire, puis repart chez soi, retrouve les siens, sa vie, ses devoirs ses problèmes, mais chacun revient « par un autre chemin ». Et c’est très bien comme ça, et c’est cela qui doit être une vie chrétienne.
Dieu ne nous demande pas de vivre enfermé dans des cloîtres ou des monastères, bien que je pense que ceux qui veulent et peuvent vivre ainsi que cela n’est pas un mal en soi, mais cela ne doit pas être un idéal, un exemple car ceux qui suivent ce chemin ne sont pas pour cela meilleurs chrétiens que les autres ils sont et restent tout aussi pécheurs.
Et puis ceux qui passent par l’Église, que ce soit pour un temps ou régulièrement, non seulement ce passage leur apporte quelque chose, et on peut espérer que dans tous les cas, ce soit bon pour eux, mais en plus ce temps de présence apporte quelque chose à l’Église elle-même. C’est le sens des cadeaux offerts par les Mages. On les interprète généralement comme vus du côté de ceux qui offrent, pour dire qu’il est bon de donner, certes, mais on peut aussi lire le texte dans l’autre sens : les Mages ont apporté quelque chose à Jésus, ils lui ont donné des présents bien précieux qu’il n’aurait pas eus si non. Et on est en droit de penser que cet or, ces produits précieux ont permis à Joseph et Marie et Jésus de survivre et se cacher en Égypte. Et donc tous ceux qui viennent dans l’Église, pour un temps court ou long, répété ou non contribuent à la vie de l’Église et donnent beaucoup.
D’abord avec l’or, c’est la contribution matérielle qui permet à l’Église de vivre. Tout don même ponctuel est essentiel, et c’est l’ensemble des dons qui fait l’Église.
Ensuite avec l’encens, puisque cela représente la prière dans l’Ancien Testament : prière qui monte à Dieu comme l’encens (PS 141 : 2). Et il est vrai que tous ceux qui s’assemblent dans l’Église l’enrichissent de leur prière tout le temps qu’ils y sont. C’est la communion des saints. Et à un instant donné, la prière de l’Église se constitue par la communion de ceux qui s’y trouvent et partagent quelque chose du plus profond d’eux-mêmes.
Et enfin avec la myrrhe utilisée pour embaumer les corps. Nicodème en prend pour préparer le corps de Jésus (Jean 19 h 39). Et le corps spirituel de Jésus, c’est son Église (Gal. 1 h 24). Et tous ceux qui sont à un moment donné dans l’Église constituent l’Église, et participent au dont de Dieu et à son œuvre de création, à l’Amour de Dieu.
Chacun donc apporte à l’Église et la constitue même selon ses moyens, selon son histoire et son propre parcours sans que personne ne puisse dire quel devrait être le parcours idéal. L’Église est simplement faite de ceux qui s’y trouvent, que ce soit pour un temps pour beaucoup, pour voir, ou pour y demeurer. Et chacun apporte quelque chose.
Et comme les Mages, chaque fois que nous donnons à Jésus, ou que nous contribuons à constituer l’Église en étant une pierre vivante, nous repartons chez nous un peu moins riches matériellement, mais riches d’une rencontre, d’un cheminement fait qui change notre manière de marcher dans la vie et nous permet même de revisiter notre propre vie pour la vivre différemment. « Vous amassez ainsi des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Matthieu 6; 19,24)
Et nous sommes tous comme les Mages, des voyageurs, invités à quêter, à chercher, à ouvrir nos yeux, à rencontrer Dieu au travers Jésus, puis à revenir chez nous. Et ce nouveau chemin devient un chemin de lumière, de foi et d’espérance, de liberté et de joie, et il fait de nous des prêtres des sacrificateurs pour Dieu, et des rois.
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