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Le jour de Yahvé
Le jour de Yahvé dans la prophétie de Malchie
Si l’on regarde le récit de la mort de Jean Baptiste on remarque que celui-ci a en effet de nombreuses similitudes (d’un point de vue structurel) au récit de la mort de Jésus. Dans les deux récits, nous sommes en présence d’un homme qui vient appeler le peuple à la repentance, celui-ci est arrêté et condamné à mort. L’un est un Nazir (en hébreu : נזיר), c’est-à-dire une personne qui, selon la Bible hébraïque, est consacrée à Dieu par un vœu et le mot nazir vient d'un mot hébreu qui signifie étymologiquement « séparé », puis qui prit le sens de « consacré ». Le second est dit Nazaréen « la marque de Dieu » (voir étude sur Nazareth et Nazaréen). Les dirigeants (Pilate ou Hérode) voudraient bien relâcher, leur prisonnier mais ils rencontrent chacun une opposition, et ils sont contraints tous d’eux de condamner celui qu’il détienne et de l'exécuter en le regrettant.
Pilate et Hérode présentent de nombreux points communs.
D’ailleurs Hérode lui-même assimile Jésus à Jean :
Mt 14, 1 - En ce temps-là, la renommée de Jésus parvint aux oreilles d'Hérode le tétrarque, qui dit à ses serviteurs : Celui-là est Jean le Baptiste !
Et cela est logique dans une construction midrashique chrétienne puisque dans celle-ci Jean est le précurseur de Jésus. Il vient après mais il était avant par ce qu’il est déjà dans la promesse, et Jean en est la première étape. Avec Jean on est en quelque sorte à la moitié du chemin, et c’est d'ailleurs pourquoi, dans la transaction entre Hérode et la fille d'Hérodiade, il représente la “moitié du Royaume”. Les deux hommes (ou les deux actants, si vous préférez) sont donc des étrangers qui doivent faire face à des Juifs vindicatifs (les foules en colère qui obtiennent finalement la mort de Jésus-Jean). Pilate et Hérode, quant à eux, auraient bien voulu les libérer. Hérode par exemple, sait que "Jean est juste et saint", il l'écoute volontiers. Hérode croit à la résurrection, puisqu’il dit que Jésus est Jean ressuscité. La manière dont le récit commence, évoque celui de la reine de Saba, : Hérode entendit la renommée de Jésus calque de 1 roi ch10 v1 : « La reine de Saba, entendit la renommée de Salomon ». Ici Jésus et comparé à Salomon fils de David puisque Jésus est un descendant, de David et comme lui Messie, « Oint » et roi comme David a été Oint et roi.
C’est encore nous dire qu’Hérode a « entendu ». Certes, Jean reproche à Hérode sa conduite. Mais c’est son rôle : il est venu pour plonger les hommes dans l'eau (entendez : la Loi). Jean est en effet le précurseur du messie, comme le prophète Élie. Il reproche au peuple d’être adultère à Dieu. Pour figurer cela, le midrash dispose du terme de נידה nida (infraction aux lois sur les unions illicites, mais ici : « hérésie »). Renvoie au Lévitique 20,21 : L'homme qui prend pour épouse la femme de son frère : c'est une נידה nida.
Ce n'est pourtant pas à cause de ce reproche qu'Hérode l'arrête, mais à cause d'Hérodiade qui veut, nouvelle Jézabel, la mort du prophète (Jean/Elie). Il est important de comprendre comment le midrash révèle un « narratif caché » : c’est parce que Jean-Baptiste est Élie, (comme lui précurseur du messie) qu’il existe une Hérodiade sur le modèle de Jézabel, l’ennemie jurée d’Élie. Il y a dans l’histoire comme une redondance un air de « déjà-vu ». Pour nous dire que l’histoire est déjà écrite et qu’au travers elle, on voit le futur ou l’accomplissement de la Promesse.
Pilate comme Hérode, bien que tous deux païens, sont présentés comme plus justes que les Juifs. Ils ont « entendu », alors que les Juifs se sont endurcis. Pilate n’a-t-il pas accepté la loi en se lavant les mains ?
Zacharie le père de Jean écrit le nom de son fils (puisqu'il est rendu muet) sur une tablette לוח. [loo'-akh]. Cette tablette on la retrouve dans la demande macabre d'Hérodiade et de sa fille, mais aussi dans l’épisode de la mort de Jésus, racontée dans l’Évangile de Jean, où il devient l’écriteau, sur lequel on inscrit la mention “Roi des Juifs”. Cet écriteau comme la tablette qui est un recensement du nom "Jean est son nom".
La mort des deux hommes est liée à la tête, décapitation pour Jean, « lieu du crâne » (golgota) pour Jésus.
Notre texte traite aussi, d’une manière peu visible, du recensement (hébreu : pequda ou encore se et rosh, שְׂאוּ אֶת-רֹאשׁ littéralement : « élévation de tête », capitation).
Dans Nombres ch1 v2 il est dit : (traduction de Chouraqui) : «Relevez les têtes de toute la communauté des Benéi Israël, pour leurs clans, pour la maison de leurs pères, au nombre des noms, tout mâle, par crâne. »
שְׂאוּ אֶת־רֹאשׁ כָּל־עֲדַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל לְמִשְׁפְּחֹתָם לְבֵית אֲבֹתָם בְּמִסְפַּר שֵׁמוֹת כָּל־זָכָר לְגֻלְגַּלֹתָם
« Relevez les têtes » traduit les premiers mots, שְׂאוּ אֶת־רֹאשׁ, Se’ou Ète-Roch : on ne dénombre pas les hommes comme on compte le bétail : chaque recensé doit « lever la tête ».
« Par crâne » traduit le dernier mot du verset, לְגֻלְגַּלֹתָם, Legoulgualotam. Ce mot à l’assonance bizarre ne peut pas ne pas frapper l’auditeur, d’autant qu’il revient encore trois fois, à la fin des versets 18, 20 et 22, pour toute la communauté et pour les deux premières tribus, celles de Ruben et de Siméon.
La traduction habituelle est « par tête », comme en Exode 16, 16 ou 38, 26 et Nombres 3, 47. Mais en Juges, 9, 53 et 2Rois 9, 35, גֻּלְגָּלְתּ, Goulgolèt signifie bien « crâne ». Et trois Évangiles sur quatre traduisent explicitement Golgotha par « lieu du crâne » :
Matthieu (27:33) : « Arrivés au lieu nommé Golgotha, ce qui signifie lieu du crâne. »
Marc (15:22) : « Et ils conduisirent Jésus au lieu nommé Golgotha, ce qui signifie lieu du crâne. »
Luc (23:33) : « Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé crâne, ils l’y crucifièrent. »
Jean (19:17) « Ils prirent donc Jésus ; il sortit portant sa croix et vint au lieu-dit du crâne, ce qui se dit en hébreu Golgotha. »
Cela ne peut être un hasard que Jésus soit crucifier « élevée » au Golgotha « lieu du crâne ». Cela induit-il que Jésus est recensé comme le premier des fils de Dieu ? Après cela on est en droit de le supposer. Jésus-Christ est recensé car il est élevé au lieu du crâne. Ainsi en est-il du jour de Yahvé il s'agit bien d'un recensement. Dieu recense le peuple (et cela peut être en effet terrible et redoutable).
Comment le sait-on ? :
Ce recensement est de la même nature, midrashique, que celui qui intervient en Lc 2,1 : « Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité. »
C'est une annonce de la fin des temps, via la racine paqad פָּקַד. Ce qui signifie habituellement : Dénombrement, punir, châtier, châtiment, se souvenir, oublier, établir, surveillance, visiter, voir, vengeance, comptes, dépôt, aux soins de, avoir souci, . . .
Nous verrons plus loin qu’Élie est aussi une réincarnation de Pin’has et Pin’has arrive avant que Yahvé ordonne à Moïse de faire un recensement. De même Élie dans la grotte d’Horeb se recense et se dit « seul à avoir gardé son zèle pour Yahvé ».
Ainsi Le « Roi » ‹ Dieu) va visiter recenser son peuple.
Concluons sur le mode de production de ce passage.
Jean Baptiste vient annoncer au peuple que Dieu va le « visiter » (hébreu paqad, comme en Ruth 1,6). Ce verbe signifie aussi « recenser » mais recenser se dit également « la-set et rosh », שְׂאוּ אֶת-רֹאשׁ littéralement : élever la tête. Mais la Tête c’est aussi גלגלתא Golgotha.
Notre midrash nous renvoie à la prophétie de Malachie ch 3, v22-24.
(Voir étude chapitre précédent)
כב זִכְרוּ, תּוֹרַת מֹשֶׁה עַבְדִּי, אֲשֶׁר צִוִּיתִי אוֹתוֹ בְחֹרֵב עַל-כָּל-יִשְׂרָאֵל, חֻקִּים וּמִשְׁפָּטִים.
22 Souvenez-vous de la Loi de Moïse, mon serviteur, à qui j'ai signifié, sur le Horeb, des statuts et des ordonnances pour tout Israël.
כג הִנֵּה אָנֹכִי שֹׁלֵחַ לָכֶם, אֵת אֵלִיָּה הַנָּבִיא--לִפְנֵי, בּוֹא יוֹם יְהוָה, הַגָּדוֹל, וְהַנּוֹרָא.
23 Or, je vous enverrai Élie, le prophète, avant qu'arrive le jour de Yahvé, jour grand et redoutable ! (Ce recensement à redouter)
כד וְהֵשִׁיב לֵב-אָבוֹת עַל-בָּנִים, וְלֵב בָּנִים עַל-אֲבוֹתָם--פֶּן-אָבוֹא, וְהִכֵּיתִי אֶת-הָאָרֶץ חֵרֶם. {ש}
24 Lui ramènera le cœur des pères à leurs enfants, et le cœur des enfants à leurs pères, de peur que je n'intervienne et ne frappe ce pays d'anathème. (De peur que ce recensement ne soit synonyme de catastrophe pour le peuple.
Ce recensement royal nous renvoie aussi à la tentation de David de faire un recensement.
Or le récit du Recensement de David serait le même récit que celui de la ligature d'Isaac. Les deux récits ont en effet la même structure.
Le récit du Recensement de David présente un premier point de contact, évident, avec le récit de la ligature d'Isaac : Dieu arrête la main de l'ange au moment suprême, au comble de l’épreuve.
Puis Dieu envoya l'ange vers Jérusalem pour l'exterminer ; Mais au moment de l'exterminer, Yahvé regarda et se repentit de ce mal ; et il dit l'ange exterminateur : Assez ! Retire ta main.
2S 24, 16 ou 1Ch 21, 15
Il présente aussi un point commun avec le récit du rituel de l'agneau pascal : dans les deux cas le peuple est protégé contre un fléau (negef, magefa) dévastateur (mashHit).
On sait que le rituel de l'agneau pascal décrit en Exode 12 est justifié par ce verset : « Le sang sera pour vous un signe sur les maisons Où vous vous tenez. Je verrai le sang, je passerai outre et vous échapperez au fléau destructeur lorsque je frapperai le pays d’Égypte » (Ex 12, 13)
Le midrash peut rapprocher par gezera shava* l'expression Je verrai le sang des passages où il est question du regard de Dieu. Le midrash lit donc par gezera shava ce « je verrai le sang » comme : je verrai le sang d'Isaac, puisqu'il est dit : « A ce lieu, Abraham donna le nom de Yahvé verra » (Gn 22, 14)
*gezera shava = comparaison d'expressions similaires. Il est probable que, étymologiquement, le mot gezerah signifie «loi» - comme dans Daniel 4: 4, 14 - de sorte que gezerah shavah signifierait une comparaison de deux lois similaires (Beẓah 1: 6; voir cependant S. Lieberman , Hellénisme dans la Palestine juive , 193ff.); Si le même mot apparaît dans deux passages pentateuchal, alors la loi applicable dans l'un doit être appliquée à l'autre. Bergman soutient (Sinai 71, 1972) qu'un gezerah shavah est l'application des lois dans un cas à un second pour obtenir un principe juridique unifié, indépendamment des différences entre les cas, en trouvant le plus souvent un mot qui apparaît dans les deux cas. Par exemple, le mot be-mo'ado («dans son temps fixé ») est utilisé à la fois pour l'agneau pascal (Nombres 9: 2) et pour le tamid , l'offrande quotidienne (Nombres 28: 2). qui est offert le jour du sabbat également. On peut donc en déduire que le terme be-mo'ado comprend le sabbat et que, par conséquent, l'agneau pascal peut être offert même le jour du sabbat, bien que le travail normalement interdit le jour du sabbat (Pes. 66a).
Aussi les dirigeants Juifs veulent mettre à mort Jésus avant le sabbat pour que leur action ne soit pas prise pour un sacrifice, car crucifier Jésus un jour de sabbat n’aurait été permis et concevable que sous la forme d’un sacrifice.
Mais ce serait une erreur de croire que le lien entre le rituel de l'agneau pascal et celui de la ligature d'Isaac est seulement d'ordre technique (le procédé de la gezera shava serait alors arbitraire). Les deux récits sont profondément liés car ils répondent au même schéma eschatologique de base : Au comble de l’épreuve, Dieu intervient en inversant les choses.
Ce n'est qu’à partir de cette identité de base que le midrash organise son jeu de piste habituel et qu'il dispose ici et là des traces que nous n'avons plus qu’à suivre : il nous dit par exemple que la עֲקֵידָה 'Aqeda (la ligature d'Isaac) eut lieu le jour de פֶּסַח, PessaH (le jour de l'ingestion de l'agneau pascal).
Le récit du Recensement de David qui est relié par le midrash ces deux autres récits (rituel de l'agneau pascal et 'Aqeda) obéirait alors au même schéma. Il nous parlerait d'eschatologie.
Nous serions donc dans un contexte d'Epreuve. L'exil égyptien est l'Épreuve par excellence, la ligature d'Isaac est la même Epreuve. Dieu éprouva Abraham. Dans le livre des Jubilés, c'est le Diable (mastma est celui qui éprouve, racine st) qui suggère à Dieu d’éprouver Abraham. Mais ici mastma ne doit pas être compris comme une entité un ange déchu mais comme « le doute ». Peut-être Abraham n'aime-t-il Dieu que du fait de la promesse d'un fils. Mais si ce fils venait manquer ?
Ici aussi, Dieu (ou Satan) (en Satan comprendre celui qui divise l’ego) éprouve David (vayaset et David, racine st). Mais en quoi ? En quoi consisterait précisément l’épreuve de David ? Pour le comprendre, il faut revenir à l'hébreu. Le recensement (pqd) signifie aussi la Visitation et évoque midrashiquement la fin des temps (voir Malachie ch 3, v22-24.). Le texte grec de la Septante situe d'ailleurs l'action l’époque de la moisson des blés.
David prend le risque du Jugement et donc celui de la remontrance. Un midrash indique que lors du Recensement de David il n'y eut pas de collecte du demi-sicle qui aurait permis l'expiation. David, par précipitation, aurait oublié la capitation. Comme dans le récit de la Ligature d'Isaac, c'est en s'abandonnant à Dieu, en acceptant que la punition vienne de la main de Dieu, et en s'offrant lui-même en sacrifice ( à la place du peuple, toujours) préfigurant le sacrifice du Messie, que David fait cesser la punition. David refait alors le geste d'Abraham, il achète le lieu où sera construit le temple. Le récit de l’épreuve de la ligature d'Isaac était suivi de l'achat de la grotte de Makhpela, l’épreuve du Recensement de David sera donc suivie par l'achat d'une aire Ornan.
Dieu aurait donc tenté David. Non pas en lui demandant de sacrifier son fils. Mais en l'incitant à "hâter la fin". C'est la tentation de l'eschatologie au sens étymologique : connaître les choses de la Fin et la fin des choses. Autre formulation : La tentation résiderait dans la vérification de la promesse. La promesse était celle d'une postérité innombrable (ein mispar, pas-de-compte). David cède à la tentation de vérifier si la promesse est accomplie, il accepte qu'Israël soit pesé (mn) compté et donc jugé. Et comme Israël est très fautif, comme chacun sait, c'est une véritable hécatombe que déclenche David, ce qui n'est pas la première chose qu'on attend d'un berger. Curieusement, pour que l'hécatombe cesse, David doit acheter un champ et faire des sacrifices. Akeldama est le nom Araméen du champ du Sang, ou champ du Potier, acheté avec les trente pièces d'argent obtenues par Judas Iscariote des grands prêtres de Jérusalem pour la dénonciation de Jésus de Nazareth. Deux traditions différentes existent : la première (Matthieu 27, 3-8) fait des grands prêtres eux-mêmes les acheteurs de ce champ :
« Alors Judas, qui l'avait livré, voyant qu'il avait été condamné, se repentit, et il rapporta les trente pièces d'argent aux grands prêtres et aux anciens, en disant : « J'ai péché en livrant un sang innocent » Et ceux-ci dirent : « Que nous importe ? À toi de voir ! » Et, ayant jeté l'argent dans le Sanctuaire, il se retira et s'en alla se pendre. Les grands prêtres prirent l'argent et dirent : « Il n'est pas permis de le mettre dans le trésor, puisque c'est le prix du sang » Après avoir tenu conseil, ils en achetèrent le champ du Potier, pour la sépulture des étrangers (des gentils) des non juifs. C'est pourquoi ce champ s'est appelé "champ du Sang" jusqu'à ce jour.
L'autre tradition (Actes des Apôtres 1, 18) fait de Judas l'acheteur du champ :
« Cet homme donc a acquis un champ avec le salaire de son injustice et, tombant la tête en avant, a crevé par le milieu, et toutes ses entrailles se sont répandues. Et la chose a été connue de tous les habitants de Jérusalem, en sorte que ce champ a été appelé dans leur langue Akeldama, c'est-à-dire champ du Sang ».
Le sacrifice de la croix par l’achat du « champ du potier » avec le prix du sang étend la grâce aux non juifs. Si cette hypothèse est correcte, ce passage serait une charge contre ceux qui seraient tentés par l'idée de "hâter la fin". Il serait en revanche un plaidoyer pour cette idée qu'Israël a, en attendant, encore besoin du Temple et des sacrifices. Mieux vaut une expiation imparfaite mais continue, via le Temple et les sacrifices, que l'expiation définitive de la fin des temps qui risque bien de ressembler à une hécatombe. L'Épître aux Hébreux, texte messianiste radical qui veut l'expiation totale ici et maintenant, dira bien entendu exactement l'inverse: ....nous sommes sanctifiés par le sacrifice du corps de Jésus Christ, une fois pour toutes. Tandis que tout prêtre se tient debout chaque jour, officiant et offrant maintes fois les mêmes sacrifices, qui sont absolument impuissants enlever des pêchés, lui au contraire, ayant offert pour les péchés un unique sacrifice, il s'est assis pour toujours la droite de Dieu (Hb 10, 10-12).
Un des sens de ce passage serait une fois de plus construit sur l'idée de "mesure pour mesure". Si l'homme compte, Dieu compte (les fautes) si l'homme ne compte pas, mais s'abandonne, Dieu ne compte pas.
Le recensement annoncé dans Malachie ch3 « le recensement royal » est donc bien l’agent qui déclenche la « frappe de ce pays d'anathème » il faut un sacrifice royal pour empêcher l’hécatombe du jugement. Vous comprenez maintenant la logique des évangélistes, et comment ils ont écrit chacun leur texte, la suite et la fin.
Les recensements
שְׂא֗וּ אֶת־רֹאשׁ֙ כָּל־עֲדַ֣ת בְּנֵֽי־יִשְׂרָאֵ֔ל לְמִשְׁפְּחֹתָ֖ם לְבֵ֣ית אֲבֹתָ֑ם בְּמִסְפַּ֣ר שֵׁמ֔וֹת כָּל־זָכָ֖ר לְגֻלְגְּלֹתָֽם׃ מִבֶּ֨ן עֶשְׂרִ֤ים שָׁנָה֙ וָמַ֔עְלָה כָּל־יֹצֵ֥א צָבָ֖א בְּיִשְׂרָאֵ֑ל תִּפְקְד֥וּ אֹתָ֛ם לְצִבְאֹתָ֖ם אַתָּ֥ה וְאַֽהֲרֹֽן׃
« Relevez les têtes de toute la communauté des enfants d’Israël, selon leurs familles, selon leurs maisons paternelles, au nombre des noms, tout mâles, par crâne : depuis l’âge de vingt ans et plus, tous ceux d’Israël sortant à l’armée, vous les compterez* pour leurs armées, toi et Aharon » (Nombres 1, 2-3).
* André Chouraqui traduit : « Recensez-les »
Le livre de la Torah qui commence par cette péricope est nommé Bamidbar selon un des mots de son premier verset. Dans la Septante (la traduction grecque), puis dans la Vulgate (la traduction latine) ce livre a reçu le titre de « Nombres » à cause des recensements qu’on y trouve. Les enfants d’Israël sont dénombrés par Moïse et Aharon à la demande de Yahvé (Nombres 1,20-46); les Lévites (Nombres 14-39) et les Anciens (Nombres 3,40-51) sont aussi dénombrés en particulier. Dans la péricope Pin’has - dans ce même livre de Nombres - un nouveau recensement est effectué après la traversée du désert et ses épreuves (Nombres 26). Dans le même ordre d’explication, le recensement effectué après la faute du veau d’or servait à compter les rescapés (Exode 30, 12).
L’étude de la Torah - même des pages les plus connues - doit faire surgir des questions à chaque lecture. Ici, on ne peut manquer de s’interroger : pourquoi Yahvé qui sait tout, demande-t-Il à Moïse de procéder à des recensements ? Yahvé n’a certes pas besoin d’attendre la fin du décompte pour en connaître le résultat à l’unité près ! Alors qu’est-ce que cela signifie ?
Un recensement pour faire de la collectivité d’Israël une entité globale.
Un premier niveau de réponse est fourni par le sens littéral (pechat) : le premier recensement visait à mettre en place l’armée ; il fallait donc connaître quel était le total des hommes de plus de vingt ans. Le deuxième recensement avait aussi un but utilitaire : préparer la répartition de la terre d'Israël entre tribus. Ces dénombrements marquaient la transformation des anciens esclaves en un peuple organisé avec une armée, des prêtres…. Les conséquences de cette organisation étaient grandes. Le Sforno זצ״ל explique : « Dans le quatrième livre, il est relaté comment [Dieu] a voulu montrer son amour [aux enfants d'Israël] en organisant leur camp comme celui du Char divin (Merkava), tel qu'il est décrit par les Prophètes, et Son intention était qu'ils se déplacent de la même manière qu'ils campaient, de manière à pouvoir entrer sur la terre sans avoir à combattre avec des armes » (Sforno, Introduction au livre des Nombres, cit. D. Saada (2006), Le pouvoir de bénir, Bibliophane, Paris. pp. 338-339.)
David Saada résume le propos : « le camp d'Israël ainsi structuré, est le véhicule de la Chékhina. Ses déplacements font rayonner la Présence divine dans les lieux où elle est occultée, et c'est pourquoi les populations cananéennes, fermées au contact avec Yahvé n'étaient pas en mesure de supporter le "choc" spirituel de la rencontre avec Israël » (D. Saada (2006), p. 338.). Elles devaient s’effondrer « face à la lumière éblouissante des armées de la sainteté. L'ère messianique, c'est-à-dire le devenir universel du message de la Torah, aurait alors commencé immédiatement » (D. Saada (2006), p. 339). Mais les choses n’ont pu évoluer de la sorte ; l’ère messianique avait été repoussée après la faute du premier couple ; elle l’a été une fois de plus après la faute du veau d’or. Le travail spirituel des enfants d’Israël devait donc se poursuivre pendant un plus grand nombre de générations, jusqu’à la venue du Messie.
Les recensements préparent la venue du Messie.
La racine פקד se retrouve dans d’autres passages de la Torah en relation avec la sortie d’Égypte. À la fin du livre de Genèse, on lit :
וַיַּשְׁבַּ֣ע יוֹסֵ֔ף אֶת־בְּנֵ֥י יִשְׂרָאֵ֖ל לֵאמֹ֑ר פָּקֹ֨ד יִפְקֹ֤ד אֱלֹהִים֙ אֶתְכֶ֔ם וְהַֽעֲלִתֶ֥ם אֶת־עַצְמֹתַ֖י מִזֶּֽה׃
« Yossef fit jurer les enfants d'Israël en disant : Dieu rappelé, se rappellera à vous et vous ferez monter mes ossements d'ici. » (Genèse 50, 25) (Traduction de David Saada. Le P. Darby traduit : « Certainement Dieu vous visitera, et vous ferez monter d’ici mes os ». Il insiste sur la connotation « visiter » de la racine פקד. André Chouraqui traduit « vous sanctionnera, il vous sanctionnera ».) Un passage des Nombres contient aussi cette racine :
לֵ֣ךְ וְאָֽסַפְתָּ֞ אֶת־זִקְנֵ֣י יִשְׂרָאֵ֗ל וְאָֽמַרְתָּ֤ אֲלֵהֶם֙ יְהוָ֞ה אֱלֹהֵ֤י אֲבֹֽתֵיכֶם֙ נִרְאָ֣ה אֵלַ֔י אֱלֹהֵ֧י אַבְרָהָ֛ם יִצְחָ֥ק וְיַֽעֲקֹ֖ב לֵאמֹ֑ר פָּקֹ֤ד פָּקַ֨דְתִּי֙ אֶתְכֶ֔ם וְאֶת־הֶֽעָשׂ֥וּי לָכֶ֖ם בְּמִצְרָֽיִם׃
« Va, rassemble les anciens d'Israël et dis-leur : Yahvé le Dieu de vos pères m'est apparu, le Dieu d'Abraham, de Yits’hak et de Ya’akob, en disant : rappeler, Je Me suis rappelé de vous et de ce qui vous est fait en Égypte » (Nombres 3, 16).
On le voit, Yahvé utilise dans ce verset les mots employés par Yossef, en son temps.
Le recensement mentionné dans la présente paracha n’est pas une exception dans l’histoire d’Israël qui en a compté dix en tout selon le midrash raba. La Torah en présente cinq ; le Tanakh en présente quatre autres. Quant au Midrash (Bamidbar Raba 2, 1, cit. David Saada (2006), pp. 336-342.) il annonce le dixième pour l’époque du Messie (Mais la date ne nous est pas connue. Ya’akob ne put la révéler lorsqu’il bénit ses enfants (Genèse 49, 1).
Bien que les recensements soient interdits par la Torah, plusieurs ont été effectués, certains pouvant avoir des raisons légitimes. Mais ils n’en restent pas moins potentiellement dangereux, comme on le voit bien avec les conséquences de celui organisé par David ( 2 Samuel ch24, 1-2). R’ Yéhouda Askénazi זצ"ל explique la raison de cette dangerosité (Noter le double sens du mot מוֹנֶה: « compter » mais aussi « oppresser » Cohn M.M. (1979), Dictionnaire Hébreu-Français, Larousse, p. 349.) : « Le fait de dénombrer un groupe humain revient en fin de compte à poser la question : combien d’individus sont dignes de porter l’identité du groupe ? … Autrement dit combien d’individus sont dignes de porter le nom d’enfant de Dieu ? Par conséquent, lorsqu’il y a un dénombrement, c’est une mise en jugement de chaque personne de chaque individu qui se fait… Le fait de dénombrer c’est interpeller chacun… et le faire passer en jugement : mérites-tu ce nom qu’on t’a donné d’Israël ? ».
Le Midrash écarte le caractère utilitaire des recensements, ce qui nous conduit à en rechercher la signification spirituelle dans la perspective de l’aboutissement de l’histoire d’Israël : c’est-à-dire dans la perspective de la venue du Messie. Rabbi Moché Haïm Lussato זצוק"ל précise le processus ( Ram’hal, Maamar HaGuéoula, cit. David Saada (2006), p. 341.) : l'avènement des temps messianiques comprendra deux phases. La première consiste en une pékida (פקידה, rappel divin/ « recensement ») ; la seconde est la zékhira (זכירה, mémoire) (Noter le double sens du mot פקידה: « recensement » mais aussi « souvenir » (Cohn M.M. (1979), Dictionnaire Hébreu-Français, Larousse, p. 557).). C’est lors de cette dernière que « se déploient toutes les promesses divines, qui jusque-là étaient restées à l'état virtuel, comme des traces mnémoniques non activées » (D. Saada (2006), p. 341.). La pékida a un sens qui va bien au-delà du dénombrement des enfants d’Israël ; elle indique le moment où tous les individus du peuple d'Israël retrouvent leur potentiel spirituel et, le cas échéant, font téchouva. Cette énergie collective suscitera la seconde phase, la zekhira qui mènera à la révélation de la Chékhina avec la venue du Messie. (D’après le Ram’hal. D. Saada précise : « Ce que la pékida, la ‘Visitation’ divine, recherche à travers le mifkad, le recensement, c'est l'activation du tafkid, de la mission unique assignée à chaque âme d'Israël dans la mise en œuvre de l'avènement messianique. Cette activation n'est pas immédiate ».)
Ainsi le jour de Yahvé (si terrible pour ceux qui ne reconnaissent pas Dieu) ouvre son aire avec la croix et la résurrection du Fils de Dieu. C'est à partir de la Croix dressée sur le Golgotha "lieu du crâne," donc lieu du recensement que chaque humain peut être recensé comme Fils de Dieu au travers le Christ ressuscité. Le premier recensé hormis Jésus lui-même fut le larron crucifié à son côté.
C'est donc au travers de la vie du Baptiste que l'on découvre le recensement qui est le "Jour de Yahvé ainsi s'achève la prophétie et Jésus de conclure "Tout est achevé".
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